Conscience Nègre

Conscience Nègre

HOMMAGE A VINU MUNTU YE JEAN BOSCO

HOMMAGE A VINU MUNTU YE JEAN BOSCO


Par Amadou Diallo


            L’homme de Vi s’en est allé discrètement, simplement et tout tranquillement comme il a vécu. Comme l’a souligné amadou Hampâté Bâ : « L’histoire magnifie toujours les héros conquérants ou sanguinaires mais rarement ceux dont la pensée œuvre dans l’ombre à transformer les paysages intérieures ». Etaient de ceux là, Yé Jean Bosco, plus connu sous le pseudonyme de Vinu Muntu Yé. La revue Eurêka dont il était un éminent collaborateur, chargé de la rigueur et de la qualité de l’écrit, se joint à tous ceux qui l’ont connu, aimé et apprécié pour honorer sa mémoire. « Les personnes de la personne sont multiple dans la personne » a dit le sage, et le philosophe d’ajouter que l’individu est impénétrable pour son semblable. C’est en ce sens qu’un dicton bantou précise que : «  nul ne peut mettre son bras dans l’intérieur de son compagnon quant bien même il partagerait sa couche », pour souligner que le for intérieur du prochain demeure secret même pour son ami le plus intime. Ainsi, Vinu Muntu Yé Jean Bosco a toujours su protéger jalousement son jardin intérieur de toute intrusion d’où cette grande austérité et ce sens très élevé du respect de l’autre, de sa liberté et de son espace vital.

Son seul nom évoque tout un programme et renvoie à toute une philosophie qu’il s’évertuait à mettre en pratique. De son nom de baptême Jean Bosco, très peu de personnes, à part ses parents et ses promotionnaires du séminaire s’en souviennent. C’est le professeur Vinu Muntu Yé qui était connu. Même lors de son oraison funèbre, le nom Jean Bosco ne fut évoqué une seule fois. Mais d’où nous vient ce nom mystérieux et frappant à consonance bwaba et bantoue ? Vinu, l’homme de Vi (une petite bourgade du bwamu non loin de Bagassi) était un « muntu » ce qui représente dans l’univers de la psychologie bantoue, un être, un homme, une personne qui possède une force vitale, une force personnelle, qui lui sert à maîtriser la vie vraie car : « l’homme est la force suprême la plus puissante parmi toutes celles créées. Il domine les mondes animal, végétal et minéral qui n’existent par prédestination que pour le servir ». Le « muntu » a la force de connaître et la véritable connaissance, la vraie sagesse consiste à comprendre la nature et l’action des forces autres. Armé de cette philosophie de la vie, Vinu Muntu Yé Jean Bosco avait résolument et définitivement opté pour l’excellence et l’intégrité. Ses points de grammaire dans la presse nationale et lors des séminaires et ateliers, ses interventions dans le domaine de la linguistique, faisaient autorité ici comme ailleurs. Il était, du reste, très prompt à relever toute égratignure faite à la langue de Molière avec une clarté et une concision exceptionnelle mais aussi avec humilité et sans froisser son interlocuteur. Ces qualités avaient fait de lui quelqu’un de très apprécié et sollicité à travers tout le pays.

            Le « muntu » étant une force vitale, il est donc logique que celui-ci puisse croître ontologiquement, qu’il devienne plus grand, plus fort et également décroître, perdre sa force vitale, pour aboutir à l’évanescence complète de son essence même. Vinu Muntu Yé Jean Bosco s’en est allé à la mort comme par obéissance, sans bruit, ni murmure car il savait que le moment était venu pour monter vers les pâturages luxuriants de « Gnihanbololo[1] ». Pourtant, cet homme d’une simplicité et d’une serviabilité hors du commun était aussi un homme de caractère et de parole ; un rebelle même. Travailleur infatigable et d’une très grande rigueur, il avait un sens très élevé et même obsédante du sacrifice dans le travail ainsi que devant la maladie et la mort. A la limite, il faisait sienne cette pensée d’un grand écclésiaste de notre pays qui disait : « Quand on fait un sacrifice, il ne faut pas le faire à moitié. Après la vie, la mort, l’éternité. On a bien le temps de se reposer chez le Père éternel, travaillons et souffrons pendant qu’il est temps ».

VINU MUNTU YE JEAN BOSCO, REPOSE EN PAIX !



[1] Les domaines de l’Être Suprême (paradis) dans la cosmogonie bwaba.



02/12/2011
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