Conscience Nègre

Conscience Nègre

LA TNB doit se rapprocher davantage des citoyens

 

LA TNB DOIT SE RAPPROCHER DAVANTAGE DES CITOYENS

 

Depuis les premières projections de films étrangers en Afrique il y a déjà plus d’un siècle, notre continent est prisonnier de l'image que le monde nous livre, l'image sous laquelle le monde nous regarde et l'image que nous faisons de nous-mêmes. Aujourd’hui, la télévision, qui a prit le relais, joue un rôle essentiel dans la circulation de ces images. Ainsi, par rapport à la guerre des images dans le cadre de la mondialisation néo-libérale, la question qui se pose est de savoir dans quelle position se trouve l’Afrique et partant le Burkina Faso ? Si nous comprenions l'utilité et le danger de ces deux médias (cinéma et télévision) ; si nous évaluons leur force d'impact sur le processus de développement spirituel, culturel et économique ; si nous prenions conscience de la pratique de lavage sans pitié de cerveau qu'ils sont en train d'exercer sur les jeunes et moins jeunes, nous serons tous obligés de réagir avec vigueur pour mettre fin à la déchéance vers laquelle nous sommes entraînés. En tout état de cause, si nous croisions les bras et restons passifs, la contribution de notre culture dans le développement ne sera pas pour demain. Nous sommes donc tous interpellés face à ce grave problème qui ne peut plus relever de la compétence de nos seuls dirigeants et responsables au niveau étatique. Il faut que les différentes composantes de notre peuple s’immiscent dans ce débat et ne soient pas complice de ce que notre télévision nous déverse à longueur de journées. Ne laissons plus ces débris d'images atterrir sur notre télévision nationale sous prétexte de nourrir la coopération ou « cette mondialisation » dont l'Afrique est la première victime. Elles se sont avec juste raison assignées la mission de montrer les images du monde mais elles n'ont pas le droit d'ignorer l'Afrique et les Africains. En fait, la télévision peut être une merveille quand on passe au tamis son programme car elle est le premier outil de communication qui allie l’image au son, qui passe des messages instantanément à des milliers de personnes séparées par des milliers de kilomètres.

 

Cependant, en suivant le programme des Journaux de notre télévision nationale, on n'a pas besoin d'être un manitou pour comprendre que nos journalistes ne tiennent pas les rênes de leur studio et ne contrôlent pas l'objectif de leur caméra, tant il est vrai qu'aucun journaliste au monde ne voudrait que son journal soit aussi pauvre. En effet, le seul et éternel évènement du J.T (Journal Télévisé) est l'Etat avec son cérémonial de séminaires, de colloques, d’inaugurations, de parrainages, de visites, de comptes-rendus de conseil des ministres in extenso, du premier Ministre qui monopolise la télé de 10 heures du matin à 22 heures pour faire le « point » sur l’état de la nation et répondre aux questions des députés qu’il est loin de maîtriser (ça c’est normal car il n’est pas spécialiste en tout), etc. Nos journalistes ont certainement appris qu'un Journal Télévisé comporte des normes de conception et de diffusion sur le fond et la forme. Mais les images qu'ils nous présentent laissent croire qu'ils n'ont pas le droit d'appliquer leurs savoirs et les leçons apprises sur les bancs. Au Burkina, on peut aisément constater que nos J.T, voire le programme de notre télévision nationale, nous donnent l'impression qu'en dehors des activités politiques de l'Etat, il n'y a aucun évènement social dans notre pays qui mérite d'être diffusé. En plus, on ne sait jamais ce qui se passe dans les autres pays africains sauf quand il y a le feu chez l’autre ou à l’occasion des visites officielles du grand manitou à l’extérieur ou quand il reçoit « ses frères et amis » (une stupidité, du reste, car comment peut-on être frère et ami en même temps). Cela est valable, du reste, pour la plupart des télévisions africaines. Dans les faits elles s'ignorent comme si elles s'étaient passées un contrat de « Imago non grata ». Elles sont prêtes à accueillir sur leurs toiles toutes les images du monde sauf celles de leurs voisins directs. Pourtant, il existe des cadres communautaires pour favoriser cette coopération (UEMOA, CEDEAO, URTNA, etc.). En fonction du rythme de largage des images du satellite-relais, il nous arrive souvent d'être contraints de suivre des reportages dont le passage dans nos J.T est purement saugrenu. En effet, on se demande à quoi sert la présence dans nos J.T d'un reportage sur les centres commerciaux français à chaque période de baisse ou de hausse de prix (alors que chez nous aucune initiative n’est entreprise dans ce sens), sur la rentrée des classes en France, sur les podiums de défilé de la haute couture française, sur beaucoup de sujets venus de partout sauf de l'Afrique et dépourvus de tout intérêt pour les Africains alors qu'il y a tant à montrer dans notre continent. On se demande si nos journalistes prennent la peine de faire un tri selon l'horizon d'attente des téléspectateurs ou s'ils placent le programme sous nos yeux comme ils l'auraient fait avec les pions d'un jeu du hasard. Très souvent même c’est par le biais des médias étrangers (RFI, TV5 et les multiples chaînes câblées, etc.) que nous découvrons ce qui se passe chez nous. Tout laisse croire que les caméras de nos télévisions nationales ne regardent pas pour voir et nous faire voir la réalité devant nous permettre de faire une autoanalyse et progresser dans le bon sens.

 

Quelques exemples sur les grands événements et drames de l’Afrique nous édifieront sur les insuffisances de notre télévision. En effet, par faute d'information préventive, les Africains particulièrement les Burkinabé sont confrontés en ce 3ème millénaire à des maladies aussi endémiques que la méningite et le choléra. Si nos télévisions ne cachent pas l'existence de ce genre de maladie jusqu'aux cas extrêmes, elles jouent, par contre, le rôle du médecin au seuil de la mort qui attend toujours l'ultime attaque pour donner des comprimés à son patient et qui arrête l'administration à la première réussite de réanimation. C'est à ce moment particulier que les publicités de quelques minutes sur la propreté avec les marques d'eau de javel envahissent nos écrans. C'est à ce moment précis que le ministère de la santé dispense ses cours télévisés sur la propreté. Si l’on se situe d’un point de vue historique, où étaient nos caméras lorsque le Rwanda vivait le génocide du Siècle avec plus d'un million de morts entre avril et juillet 1994 ? Une information conséquente et des discussions appuyées sur un tel traumatisme ne pouvaient-elles pas contribuer énormément à avertir les Africains et particulièrement les Burkinabé sur les dangers de l'esprit de supériorité nationale et ethnique ? Pour que les Africains aient une idée et une mesure plus claires sur cette tragédie, il a fallu l'intervention de Hollywood avec le film « Hôtel Rwanda ». En ce qui concerne nous autres burkinabé et ivoiriens, une meilleure connaissance de ce drame nous aurait certainement aidé à faire l’économie de l’expérience amère et douloureuse vécu en 2002 à Tabou et autres localités et surtout après l’élection présidentielle qui a conduit au départ de Laurent Gbagbo et les tueries qui s’en sont suivies. Où sont nos caméras quand on voit chaque jour, avec le cœur meurtri, sur toutes les télévisions du monde, des Africains qui, désirant bâtir des châteaux en Espagne pour leurs frères et sœurs africains, sont déshumanisés et perdus dans les frontières de l'Espagne ? Près de 5000 clandestins africains sont morts et portés disparus entre 1997 et 2004 au large des côtes du Maroc, aux frontières de l'Espagne particulièrement à Melilla et à Ceuta. Depuis, ce chiffre a pratiquement doublé. Pourquoi nos Télévisions n'en parlent pas ou si peu? Dans la soirée du 16 octobre 2005, toute la France a suivi dans l'émission « Sept à Huit » de TF1, l'image tragique des Africains traqués comme des animaux dans la forêt de Melilla, enclave espagnole du Maroc. Un de ces émigrés s’exprimait ainsi de façon pathétique : « Même un chien, même un porc, même un animal sauvage ne mérite ce traitement ; est-ce que les autres Africains nous voient en gros plan dans ces conditions pour au moins savoir ». Voilà un sujet qui mérite le Zoom franc de nos caméras suivi de discussions avec le peuple afin que chaque Africain soit informé par l'image, le langage et le témoignage réels et crus.

 

Ce ne sont pas les thèmes cruciaux sur l'Afrique pouvant alimenter nos J.T qui manquent. Des émissions et des documentaires, il en existe à tire-larigot, mais tout laisse penser que nos télévisions nationales sont allergiques à leurs propres sujets : ils ferment les yeux sur le baobab qui gît sur leurs têtes et montrent la fleur qui flageole sur les cheveux des autres. Ce qui prédomine dans nos télévisions c’est le fait que nos images ne sont, très souvent, qu’une simple parenthèse des télévisions occidentales. Ainsi, il est outrageant de constater qu'au moment où un match de football d'un club européen (Barcelonne, Chelsea, etc.) peut bouleverser tous nos programmes, nous n’avons même pas (très souvent en tout cas) droit aux images de nos propres compétitions nationales qui même si elles ont la chance d’être évoquées ne se font qu’en 2 ou 3 minutes et parfois sans images. Pourtant, les jeunes africains et burkinabé, à force de voir des matchs de football étrangers sur l'écran de leur télévision, peuvent citer le nom des joueurs jusqu'à ceux des ramasseurs de ballon et des gardiens de vestiaires des stades européens. On a l’impression que nos journalistes ne sont pas convaincus que ce sont des émissions et des débats dans tous les domaines sociaux qui nourrissent une télévision et servent le peuple. Pourquoi notre télévision nationale ne donne pas aux burkinabé l'occasion de discuter de certaines pratiques et maux qui rétrogradent notre pays et notre continent ? Cela permettra aux citoyens (agriculteurs, éleveurs, fonctionnaires, commerçants, militaires, etc.) de dire ce qu'ils attendent de l'Etat pour pouvoir rester chez eux et gagner leur vie. La drogue elle-même montrera sa dangerosité aux jeunes burkinabé. Certains de nos compatriotes adoptent dans les lieux publics des comportements inciviques et anarchiques comme jeter tout objet dans la rue, mettre des affiches sur tout ce qui se tient debout, faire fi de toutes les règles de la circulation routière et de toute vie communautaire sans oublier certaines pratiques que la conscience ne peut pas nommer (j’invite le bourgmestre de la ville à aller faire un tour en face à l’hôpital Yalgado, le long du mur du CNRST pour faire des constats). Voilà des faits qui font obstacle au développement. Et si notre télévision nationale parlait de tout cela non pas seulement dans des « spots » ou des sketches que le public prend pour de la rigolade mais dans des reportages crus et des débats sérieux ?

 

On peut observer aussi que malgré quelques efforts forts méritoires de notre télévision nationale, les scénaristes, les réalisateurs et les comédiens africains passent toujours après tous les autres sur leur propre télévision. Pourquoi notre télévision est toujours prête à tout pour diffuser des films étrangers et ne participe que très peu à la gloire matérielle et notoire du théâtre et du cinéma burkinabé et africains ?  Pourtant ce ne sont pas les comédiens et réalisateurs de talent qui manquent en Afrique. On constate aisément que les heures stratégiques sont réservées aux films étrangers. Les heures nommées écran D, synonyme d'emplacement préférentiel, leurs sont accordées. Aujourd'hui, devant l'envahissement hallucinant du cinéma américain, même les télévisions françaises se sont passées le mot en diffusant plus qu'avant leurs propres films dans Leur Télévision. Dans cette même logique de préservation et de valorisation d'œuvres nationales, les Brésiliens tout comme les Mexicains réalisent et diffusent leurs propres films dans lesquels ils font une promotion réussie de leurs pays. Quant à nous Africains et Burkinabé, nous nous contentons de consommer, sans se rassasier, à la fois les films américains, français, japonais, brésiliens, mexicains, indiens et chinois. Toujours dans le cadre de leur politique dépréciative, nos télévisions nationales sont prêtes à faire payer, à prix d’or, à des entreprises industrielles, moyennant des publicités sur leurs produits de fabrication, des films qui n'ont rien à voir avec nos vécus ; des films qui bêtifient le peuple et le mènent par le bout du nez. La prolifération des télénovelas et autres séries le montre très clairement. Que gagnons-nous avec cette politique qui n’a que plus que duré ? Encore de la Consommation : la consommation des images parfois ahurissantes de nos J.T, la consommation de films bidons venus de partout et de nulle part, la consommation des produits de ces sociétés qui « achètent » ces films, la consommation, toujours la consommation jusqu'à avoir la boulimie et l'intoxication cérébrales.

 

Enfin, concernant les musiciens nationaux qui se creusent la tête et se vident les poches pour réaliser des albums, notre télévision, malgré quelques efforts dans leur programmation doit faire preuve davantage de rigueur dans leur sélection. S’il y a quelques années, les Burkinabé se lamentaient de l'indécence des clips étrangers qui défilaient sur leur écran de télévision, maintenant l'affaire est au Burkina même. Certains clips nationaux sont abracadabrants. On se demande d'où sortent ces personnes qui rivalisent d'apparence de « nombrils en l'air », de ventres « dépigmentés », d'accoutrements extravagants et de danses watutsis. Si certains musiciens nous livrent des clips d'une réalisation de haute facture, beaucoup nous en font voir de toutes les images. C’est le lieu ici d’attirer l’attention de nos responsables sur l’envahissement ahurissant de notre petit écran par ces émissions sensées servir de tremplin à de jeunes talents qui foisonnent actuellement. Non seulement leurs qualités laissent à désirer mais aussi elles prennent trop de temps d’antenne (Faso Académie, notamment). Cette tendance au mimétisme qui, du reste concerne la plupart des télévisions africaines doit être revue et corrigée car quand on veut faire comme les autres, il faut œuvrer à faire mieux. La comparaison par le pire est mortelle. Notre Télévision doit savoir qu’elle est au peuple ce que l'enseignant est à l'élève : en prenant l'enseignant comme un modèle, l'élève l'admire et le copie ; aussi et surtout puisque en Afrique ce sont  les enfants qui dorlotent la télévision, tout ne doit pas être permis. Ce que nos dirigeants semblent ignorer ou font semblant d’ignorer c’est que notre télévision nationale joue un rôle très important dans la constitution de notre personnalité de burkinabé tout en étant un ambassadeur de nos valeurs et de notre patrimoine, nous qui aimons pérorer tout le temps que nous sommes sur le satellite. Malheureusement, depuis presque un demi siècle, elle ne fait que contribuer à déprécier « l'indigène » et sa nature, sa culture, ses mœurs, ses valeurs, ses croyances.

 

CONCLUSION


Somme toute, ces constats nous mènent aux suggestions suivantes : notre télévision nationale nous doit la formation et l'information de notre peuple en suivant l'exemple de certaines radios et chaînes privées ainsi que de certains titres de la presse écrite privée burkinabé qui ne lésinent pas sur leur plume, leur papier, leur parole et leur image pour contribuer au développement du Burkina. S'il souhaite se regarder dans un écran au terme de sa mission, le journaliste ou le présentateur d'émission de notre télévision nationale devrait cesser de vendre « ses programmes » contre sa liberté d'exister. Le journaliste de ou pour l'Etat n'existe pas car sans le peuple point de journalisme. Le journaliste de notre télévision nationale devrait saisir l'importance de sa mission, dépasser l'ère du béni-oui-oui et se responsabiliser dans la liberté d'esprit et d'expression. Les Burkinabé ont besoin de voir l'image de leur peuple pour se reconnaître et connaître le chemin à abandonner et le parcours à suivre. La réactivité de l'homme à l'image est tellement manifeste que l'audiovisuel particulièrement la télévision, l'écran du peuple, peut jouer un rôle important dans l'évolution positive des mentalités qui constitue la matière première de tout développement. A nos dirigeants nous rappelons que l’extension de l'image ne porte pas préjudice au pouvoir. Bien au contraire, la libéralisation de l'audiovisuel permet au peuple de se voir, de parler, d'être vu et entendu. A Notre Conseil Supérieur de la Communication, nous pouvons bien demander : comment un arbitre de l'Audiovisuel qui se respecte arrive-t-il à travailler pendant de si longues années dans de telles conditions sans indexer ces maux qui crèvent pourtant les yeux, pardon l’écran ? Quant aux journalistes de notre chère télévision, nous vous demandons, au nom de tous les Burkinabé, et à l'honneur de votre métier, de bien vouloir mettre l'utilité à la place de la futilité. Cependant, il faut reconnaître que tous les journalistes de notre télévision nationale ne sauraient être mis dans le même panier car certains font des efforts et se battent dignement pour relever le niveau actuel de notre petit écran et sa digestibilité. Honneur à eux.

 

Diallo Amadou

E-mail : ameddiallo@yahoo.fr

Céll. : 76-68-01-07



28/10/2011
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