Conscience Nègre

Conscience Nègre

Les sources de l'histoire négro africaine : HOMERE

Les sources de l'histoire négro africaine : HOMERE *

 

 

Poète épique grec né en - 800 Décédé en -700

LES TEXTES

 

         La chose est certaine, Homère parle des Nègres. Quelle que soit la date que les exégètes et les philologues de la question homérique attribuent au père de la poésie grecque, les textes demeurent formels. Et ces textes peu nombreux, sont cependant assez éloquents pour nous obliger à poser la question de l'Afrique Noire dans la poésie d’Homère. On sait d’ailleurs que la mention des Nègres a servi de critère, assez récemment encore, à M. Emile Mireaux, pour proposer une solution de plus à la querelle homérique[1] .

 

         Mais il est temps d’essayer une analyse aussi serrée que possible des témoignages que nous a légués le père de la poésie grecque sur l'Afrique Noire.

 

         Voici les textes :

-    Iliade I, 423-425 : Zeus chez les Nègres. C’est Thétis qui parle :

« Zeus est parti hier du côté de l'Océan prendre part à un banquet chez les Ethiopiens sans reproche, et tous les dieux l'ont suivi. Dans douze jours il retournera dans l'Olympe. »

 

          – Iliade XXIII, 205-207 : C'est Iris qui parle :

         « Ce n'est pas le moment de m'asseoir, je repars et m'en vais au bord de l'Océan dans le pays des Ethiopiens. Ils sont en train d'offrir des hécatombes aux Immortels, et je veux, moi aussi, prendre part au festin sacré. »

 

          – Odyssée I, 22.26 : Poséidon chez les Nègres.

         « Or le Dieu s'en alla chez les Nègres lointains, les Nègres répartis au bout du genre humain, dans leur double domaine, les uns vers le couchant, les autres vers l'aurore : devant leur hécatombe de taureaux et d'agneaux, il vivait dans, la joie, installé au festin. »

 

          – Odyssée IV, 81.-89 : Ménélas chez les Nègres :

         « ...Aventures... chez les Nègres, les gens de Sidon les Erembes, et dans cette Libye où les agneaux ont des cornes dès leur naissance, où du prince ou du berger, tout homme a son content de fromage, de viande et de laitage frais ; les bêtes tous les jours accourent à la traite, car trois fois dans l'année les brebis mettent bas. »

 

 

          – Odyssée V, 282-283 : Poséidon de retour de chez les Nègres : « Or du pays des Noirs, remontait le Seigneur qui ébranle le sol. Du haut du Mont Solyme, il découvrit le large : Ulysse apparaissait voguant sur son radeau. »

 

          – Odyssée XI, 522 : Allusion à Memnon, roi des Nègres : Ulysse pleurant Triptolème dit : « Je n'ai vu de plus beau que le divin Memnon. »

 

AUTHENTICITÉ

 

         Tous ces textes au témoignage des Anciens se retrouvent dans les plus vieilles éditions d'Homère. On ne rencontre nulle part le moindre doute sérieux sur leur authenticité. Sans doute deux vers font l'objet de remarques philologiques intéressantes. Dans l'Iliade, Chant 1, le vers 424 porte un obel dans le manuscrit de Venise. Mais les scho1ies de la plus haute antiquité précisent que cet obel concerne l’emploi de « épi » au lieu de « kata » devant le mot « daita » (festin) qui termine le vers. C'est donc une dispute de grammairiens, fondée sans doute sur deux traditions : l'une portant « épi daita », l'autre « kata daita ». Or Aristarque, au témoignage de Didyme, affirme catégoriquement que la première version était celle de l'édition Massalienne (de Marseille) ainsi que des éditions dites sinôpique, chyprienne, celles d'Antimaque et d'Aristophane ».*

 

         Dans tous les cas, le sens du vers ne fait pas le moindre doute. Quelle que soit la version, le vers signifie : les dieux se rendent au festin chez les Nègres.

 

         Le second vers, qui mérite notre attention, est le vers 23, Chant I de l'Odyssée. D'après Eustathe, les Anciens signalent ce vers comme unique exemple d'épanalepse dans l'Iliade. Alexis Pierron, dans son commentaire, attribue l'origine de cette remarque à Aristarque et les Anciens dont il s'agit, seraient les commentateurs Alexandrins. Tout cela revient à dire que ce vers, comme tous les autres, figure dans les plus vieilles éditions d'Homère.

 

         Ainsi ces textes qui parlent des Nègres appartiennent à la tradition homérique la plus authentique, la plus ancienne, la plus originale.

 

 

VOCABULAIRE

 

         Mais une étude de vocabulaire s'impose tout d’abord. En effet, le mot Nègre se rencontre, chez Homère, sous deux formes :

 

         lliade, Chant I, vers 424 : « Aithiopeus » et « Aithiops », dans tous les autres passages que nous avons relevés. Selon l’étymologie communément admise, ce mot serait composé de : aithô = brûler et ôps = visage (Bailly) et signifierait proprement visage brûlé. Il désigne donc tous les peuples au teint foncé.

 

         En fait ce mot, dans Homère, comme d'ail1eurs dans la tradition grecque antique, signifie proprement « Nègre ». La collection Budé le traduit, chez Homère, tantôt par « Noir » tantôt par « Nègre ». Pour les Anciens, les « Aithiopes » étaient noirs. Xénophane de Colophon, contemporain de Pythagore, parle avec ironie des peuples qui se représentent les dieux à leur propre image :

 

         « Les Ethiopiens disent de leurs dieux qu'ils sont camus et noir, les Thraces, qu'ils ont les yeux bleus et les cheveux rouges » (Fragment 16). Dans le Prométhée délivré, œuvre perdue. Eschyle appelle les Ethiopiens « melanosterphôn genos » : peuple à la peau noire (Fragment 68, d'après une scholie d'Apollonius de Rhodes, IV, 1348).

 

         Les Latins, à leur tour, ont traduit sans hésiter le « Aithôps » grec par « Niger ». Virgile parle de l'armure du Nègre Memnon (Enéide, Chant I, vers 489). Or, comme tout le monde le sait, Memnon est un personnage homérique, roi de ces Nègres qui vinrent au secours de la Grèce sous les murs d'Ilion.

 

         Dans la bible, on a rapproché, à tort ou à raison, le mot « nègre » du terme hébraïque CDR qui signifie : sombre, obscur (Vallée du Cédron). Par contre, il répond davantage au terme « Kousch » qui désigne à la fois les Nègres (Kouschites) et le pays des Nègres (Kouseh, Ethiopie, Négritie). Or, c'est par le terme « aithôps », c'est-à-dire « Nègre » que les Septantes ont traduit l’hébreu « kousch »), tout comme ils ont traduit le pays de « kousch » par « Aithiopia » (Gen. III Nombre XII).

 

         Ainsi les Ethiopiens d'Homère sont des Nègres. La tradition grecque, latine, hébraïque, parlant des mêmes peuples, confirme ce point de vue.

 

         Toutes ces données ne suffisent pas encore pour affirmer qu’il s'agit, dans Homère, des Nègres de l’Afrique, Heureusement, Homère lui-même nous a parlé du pays qu’habitent ces Ethiopiens. Au Chant 1 de l'Odyssée (vers 22-26), Homère nous dit que les Nègres habitent au bout du monde, à l'Orient et l’occident. Ces indications trop vagues sont cependant précisées ailleurs. Dans l’Iliade (Chant I, 423-425) et (Chant XXIII, 205-207), les Nègres habitent au bord de l’océan. Enfin, dans l'Odyssée (Chant IV, 84-39), Homère énumère les peuples visités par Ulysse : des Nègres, des Sidoniens, des Erembes et la Libye. Les Commentateurs se sont évertués à identifier tous ces peuples, sans toujours y réussir. Les uns ont affirmé que les Erembes sont aussi des Nègres et que le texte devrait se lire « eremnous » (sombre, noir) ; c’est opinion de Cratès. Les commentateurs byzantins affirment qu’Aristarque fait des Erembes des Arabes. Quant aux Sidoniens, nous savons qu’i1s habitaient le sud de la Palestine. Tous les autres peuples, même les Arabes, s'il est question d'Arabes, pouvaient se situer en Afrique. D'ailleurs l'Afrique (Libye) est nommée expressément dans ce passage. On comprend pourquoi le commentaire d’Alexis Pierron dit qu'il s’agit des Nègres voisins de l’Egypte, donc des Nègres d’Afrique. Enfin, nous savons, d'après la tradition antique, que Memnon vient de l’au-delà de l'Egypte. Son père, dit-on, était roi d’Ethiopie et d’Egypte. Or, le mythe identifie ce père à Tithon (la Mer ou mieux l’océan). Ainsi, les Nègres issus de l'Océan, habitent au bord de l’océan, au-delà de l'Egypte. Les auteurs anciens ont d'ailleurs compris de cette manière, la situation géographique des Nègres d’Homère. Voilà pourquoi tous les traités qui parlent de l’Afrique noire, depuis hérodote, en passant par Agatharchide de Cnide, Diodore de Sicile, Strabon, jusqu'aux complications attribuées à Eusèbe de césarée, commencent par des citations d’Homère.

 

         Pourtant nous ne voulons pas dire par là qu'Homère ne parle que des Noirs d'Afrique. II mentionne le monde noir en général, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident. Ce qui justifie l'opinion qui y voit une allusion aux Noirs de l'Inde méridionale. Pourtant un coup d'œil sur les traits de civilisation de ces Ethiopiens nous ramène en Afrique.

 

TRAITS DE CIVILISATION

 

         Les Ethiopiens d'Homère sont un peuple sans reproche. Ils habitent le bout du monde. Ils sont les plus religieux des hommes. Ils offrent aux dieux des hécatombes et des festins.

 

         L'épithète « amumones » (irréprochables) signifie, d'après Didyme : « Kata genos agathou », donc plutôt de noble naissance qu'irréprochables de mœurs. On la retrouve chez Homère, accolée à des noms très divers, même au nom d'Egiste, assassin d'Agamemnon. On a remarqué qu'elle est réservée aux héros et aux mortels, mais non aux divinités. Elle veut donc dire, dans notre cas, que le peuple éthiopien était, pour les Grecs, comme on dit aujourd'hui, un noble et un grand peuple.

 

         Emile Mireaux, dans son ouvrage : Les Poèmes Homériques et l'Histoire grecque (Paris, 1949) cherche, à partir de l'Egypte et de l'Afrique noire, les faits et les événements qui ont pu étendre jusqu'en Grèce la réputation des Nègres comme grand peuple. Il évoque les passages bibliques d’Isaïe (Chap. 35) qui parlent de la menace des Nègres de Taraqa sur la Palestine. Or, Isaie écrivait au milieu du VIIIe siècle... Il mentionne d'autre part les invasions, à la même époque, de l'Egypte par les Nègres et l'établissement, sur le trône des Pharaons, d’une dynastie sacerdotale venue d'Ethiopie... Toutes ces données sont d’un intérêt incontestable. Elles soulignent le double aspect guerrier et religieux que nous retrouvons dans Homère. Elles situent ces Nègres – cette fois sans le moindre doute – en Afrique noire. Il y a donc un faisceau d’éléments historiques qui justifient, chez Homère, la mention des Nègres comme d'un grand peuple.

 

         Homère affirme en outre que les dieux vont prendre leur festin dans cette espèce de paradis mythique que semble être le pays des noirs. Voilà qui est extrêmement important pour la connaissance ultérieure de la civilisation négro-africaine. Sur les six passages que nous avons relevés, quatre parlent des divinités se rendant en Ethiopie. Dans L’Iliade (Chant I, 423-425) Zeus lui-même, suivi de tous les dieux, est parti pour l'Ethiopie et ne reviendra que dans douze jours. Puis c’est Iris qui va rejoindre les autres dieux dans leur festin en Afrique noire (Iliade. Chant XXIII, 205-207). Puis, c'est Poséidon qui, à son tour, se rend chez les Nègres pour prendre part au festin (Odys. Chant I, 22-26). Il en revient et aperçoit Ulysse voguant sur son radeau (Odyssée V, 282-283). Nous savons les victimes que ces nègres offrent aux dieux : il s'agit d'hécatombes de taureaux et d'agneaux (Odyssée, Chant I. (22-26). Nous avons, d’autre part, une brève description de la Libye qui désignait sans précision, les régions intérieures de l’Afrique à l'ouest de l'Egypte. « Les agneaux y ont des cornes dès leur
naissance ; du prince au berger, tout homme a son content de fromage, de viande et de laitage frais ; les bêtes, tous les jours accourent à la traite, car, trois fois dans l'année, les brebis mettent bas » (Odyssée IV, Chant, 84-89).

 

         Ainsi, s'il fallait résumer les traits de civilisation de ces Nègres d'Homère, ils nous apparaissent comme un peuple de guerriers conduit par son chef Memnon, mais aussi comme un ensemble de peuples, dispersés de l'Orient au Couchant, adonnés à l'élevage, pieux, offrant sans interruption aux dieux des hécatombes de taureaux et d'agneaux.

 

         Quand on consulte d'autres sources qui, à la même époque, parlent de l'Afrique noire, on ne peut pas ne pas être frappé par un certain nombre de convergences. Les Nègres dont parle Isaïe (Chap. 18) sont, eux aussi, un peuple redouté au loin. Mais ils sont un peuple aimé de Dieu. Yahwé attend le jour où ils lui apporteront leur offrande. Le prophète Sophonie parle à peu près le même langage (Chap. 3). Ce qui est frappant, c'est que tous les historiens grecs de l'antiquité établiront ou essaieront d'établir que leur connaissance de l'Afrique noire est une confirmation de ce qu'a dit Homère. Les Nègres d'Hérodote sont, de tous les hommes, les plus grands et les plus beaux (Liv. III, Chap. 20). Ils sont aussi les détenteurs de la fabuleuse table du Soleil où les dieux allaient prendre leur festin (Liv. III, chap. 18). Chez Diodore de Sicile qui cite textuellement Homère, les Nègres sont les plus anciens des hommes, les fondateurs des cultes religieux, le peuple aimé des dieux. Leur prière et leurs sacrifices sont les plus agréés des dieux (Liv. 111, chap. 2).

 

LES POÈMES HOMÉRIQUES ET L'HISTOIRE DE L'AFRIQUE NOIRE

 

         Les textes que nous venons d'étudier parlent donc du monde noir en général, et des Nègres d'Afrique en particulier. Ils soulèvent, certes, des problèmes géographiques et historiques. Ces problèmes, nous venons de le voir, ne sont pas, aujourd'hui, insolubles. Les Nègres habitent au-delà de l'Egypte, sur les bords de l'Océan. L'Océan, disent les Scholiastes, était chez Homère, un fleuve entourant le disque de la terre. Il était plus : la source de tous les fleuves, de toutes les mers, de toutes les eaux (Iliade, XX, 7 - XXI, 196). Sa mention dans le texte n'apporte aucune précision géographique. L'auteur veut seulement dire que les Nègres habitent au bout du monde. Mais nous savons maintenant pour quelles autres raisons ce bout du monde est celui des terres lointaines d'Afrique.

 

         Il n'en demeure pas moins intéressant que nous ayons, ici, des éléments de la géographie homérique et de sa conception du monde habité : un disque plat, entouré de toutes parts par les grandes eaux. A l'intérieur de ce disque, les continents, et parmi ces continents, l'Afrique. Et l'Afrique elle-même comprend, outre l'Egypte que d'aucuns rattachent à l'Asie, la Libye et l'Ethiopie. La géographie du monde, sémitique ancien confirme, à sa manière, cette image de l'Afrique. Dans son étude sur le Talmud (Traduction française, Paris, Payot, 1950, p. 77), le Rabbin Cohen écrit : « Voici ce qu'on enseignait relativement aux dimensions de la terre : l'Egypte occupe une surface de 400 parasanges carrés ; c'est le 60e de l'Ethiopie. Et l'Ethiopie c'est le 60e de l'étendue du monde... »

 

          Nous avons vu en outre les traits de civilisation des Nègres d'Homère, peuple religieux, aimé des dieux, peuple de guerriers aussi. Or, il faut souligner que le mythe des Ethiopiens a proliféré, déjà du temps même d'Homère. On sait qu'à la suite de l'Iliade et de l’Odyssée, sont nés les poèmes cycliques aujourd'hui perdus, et dont nous ne gardons que des fragments, voire des titres seulement. L'un des plus célèbres de ces poèmes était l'Ethiopide, œuvre d'Aractinos de Millet, poète du VIIIe siècle avant notre ère. Aractinos chante les aventures de Memnon, roi des Nègres, venu au secours de Priam, sous les murs de Troie où il tuera Antiloque, fils de Nestor, et sera tué par Achille. Comme on le voit, il ne s'agit plus des Nègres en général, comme dans l'Iliade et l'Odyssée. Il s'agit d'un peuple de Nègres conduit par son roi, exemple concret confirmant à sa manière l'image idyllique de ces guerriers aimés des dieux, habitant les confins du monde, au bord de l'Océan. Le mythe de Memnon est cependant d'un intérêt capital. Car il nous laisse deviner la vocation d'une Afrique noire prête à voler au secours de ses amis d'Outre-Mer, prête à sacrifier les meilleurs de ses fils pour sauver l'homme et sauver la civilisation. L'histoire contemporaine des dernières guerres prolonge ainsi, à sa manière, le mythe antique.

 

         La question demeure cependant de savoir si Homère est une source historique. Cette question ne concerne pas seulement le cas des Ethiopiens. Elle est plus vaste : elle embrasse les relations d'Homère avec l'histoire de son temps. Or, depuis les fouilles de Schliemann, nul ne peut contester que les documents archéologiques confirment, et de façon péremptoire, l'image qu’Homère a donnée de la civilisation de son temps. Partant d'une enquête sur les cours royales et l'histoire du monde méditerranéen au VIIIe siècle, Emile Mireaux, à son tour, a conclu qu'Homère a dit vrai. Or, on sait le poids, dans la balance de ses arguments, de la mention des Nègres dans la poésie d'Homère.

 

         Le fait que cette mention soit confirmée par un faisceau de témoignages extérieurs sur les Nègres montre à quel point Homère était au fait de l’histoire de son temps. Il ne faudrait donc pas, à la légère, reléguer dans le mythe l'ensemble des données historiques que nous trouvons chez Homère. Bien au contraire, nous avons devant nous un témoin antérieur à la distinction des genres littéraires : poésie, histoire, géographie côtoient, chez lui, des données ethnologiques, sociologiques, culturelles, d'une incontestable authenticité.

 

         S'agissant de l'Afrique noire, nous pouvons conclure que, si Homère n'est pas un historien dans le sens moderne du mot, il est cependant un document historique de première importance. Son témoignage, qui se situe à l'aube de la littérature grecque, nous révèle ainsi une Afrique noire p1us vieille que cette littérature. Comment ne pas penser à Flavius Josèphe qui, écrivant contre l'Egyptien Apion, se référera, lui aussi, aux Nègres d'Afrique pour établir l'antiquité du peuple juif. Les Nègres passaient donc à ses yeux pour être un des peuples les plus anciens du monde. Nous savons aujourd'hui que telle était l'opinion des géographes et historiens grecs ultérieurs, un Agatharchide de Cnide, un Diodore de Sicile, un Strabon. Mais nous reviendrons ail1eurs sur ces auteurs.

 

         Homère, pour le monde classique gréco-romain, était le plus savant, le plus sage des hommes. Il était le père de la poésie, de l'éloquence, de l'histoire, bref des lettres écrites. Or, il se trouve être le premier témoin, dans cette littérature du monde négro-africain. La valeur d'un tel témoin fait la valeur même de son témoignage. Et le monde dont il parle se révèle ainsi comme l'un de ces pôles autour desquels a évolué la pensée des pères de la civilisation antique. Ce pôle méritait au moins une enquête des chercheurs et des spécialistes dans l'immense dossier des lettres dites classiques. Cette enquête est ouverte. Nous souhaitons la voir continuer pour une meilleure connaissance de notre passé négro-africain.

 

 

Engelbert Mveng

 



* La première partie de cette étude, intitulée : « Les Sources de l'Histoire Africaine: Agatharchide de Cnide» a paru dans le n° 55 de «Présence Africaine », 3" trimestre 1965.

[1] Emile MIREAUX : Les poèmes homériques et l'histoire grecque (Albin Michel. Paris, 1949).

 

* Pour plus de détails, voir Notes à ce vers dans J'Edition Alexis Pierron (4 volumes, Paris, Hachette. 1869-1875).



05/09/2011
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