Conscience Nègre

Conscience Nègre

REVUE_PRESSE_21Octobre2011

POLITIQUE

Pour qui se bat l'Otan en Libye?

L'alliance atlantique a annoncé le 21 septembre qu'elle allait prolonger de trois mois son intervention en Libye. Pour les Libyens ou pour ses intérêts personnels?

Le 5 septembre 2011, Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) n’hésitait pas à annoncer la fin prochaine des opérations de l’alliance en Libye. Deux semaines plus tard, alors que les communiqués en provenance de la rive sud de la Méditerranée ne cessent de nous promettre la chute définitive des «derniers bastions» du régime du colonel Kadhafi et nous décrivent la marche triomphale des forces du Conseil national de transition (CNT) sur Syrte, Sebha et Béni Walid, l’Otan décidait le 21 septembre de prolonger de trois mois supplémentaires son intervention. Se pourrait-il que d’aucuns aient vendu la peau de l’ours kadhafiste avant de l’avoir tué?

Elle court, elle court, la rumeur

L’Otan s’efforce de dédramatiser et tient malgré tout à donner de la Libye l’image d’un pays en passe de sortir de la crise. Sur son site, dans un article qui brosse un tableau pittoresque et sympathique de la vie quotidienne à Tripoli, on peut lire que les préoccupations des militaires occidentaux ne sont pas que guerrières : Ainsi, «il est essentiel, pour un retour rapide à la normale, que les services d'électricité et d'eau soient vite rétablis. C'est ici que le choix de l'Otan de ne pas s'en prendre aux infrastructures porte ses fruits», se félicite l’auteur du texte. Toutefois, «la mission de l'Otan visant à protéger les civils est maintenue car le conflit se poursuit contre les poches de résistance pro-Kadhafi. La rapidité avec laquelle le CNT pourra en finir avec le reste des forces de l'ancien régime conditionnera son aptitude à normaliser la situation en Libye». Pour l’heure, les combats ne sont pas terminés. 6.000 combattants du CNT se masseraient pour «l’assaut final» sur Syrte, tandis que des rumeurs —comme toujours contradictoires— nous parviennent de Béni Walid et de Sebha. Cette dernière ville serait depuis quelques jours aux mains des anciens rebelles. C’est en tout cas ce qu’affirment la BBC et le Guardian de Londres. Lequel assure en outre que «les forces libyennes libres» —toute ressemblance avec les Forces Françaises Libres étant sans doute médiatiquement voulue— «se sont emparées de points clés de la ville de Sebha, dans le désert au sud du pays, un bastion des partisans de Mouammar Kadhafi et d’autres personnalités du régime en fuite, a annoncé le nouveau gouvernement rebelle à Tripoli». La chute de Sebha, nœud essentiel sur la route du Niger, permettrait au CNT de couper toute retraite aux kadhafistes dans la région : «La confirmation de la prise de la citadelle [sic] et de l’aéroport de Sebha constitue une importante percée militaire, bien que l’on ne sache pas avec exactitude ce qu’il en est du reste de la ville. Mais de violents combats se poursuivent à Béni Walid, à environ 150 kilomètres au sud de Tripoli, où Seif al Islam al-Kadhafi, fils du dirigeant déchu, aurait été aperçu». Seif al Islam est à la fois l’Arlésienne et le croquemitaine de cette nouvelle phase de la guerre en Libye, que l’on croit voir partout depuis la chute de Tripoli—quand on ne l’a pas capturé ou tué, comme quelques-uns de ses nombreux frères. Il est certain qu’il incarne aujourd’hui le visage de la résistance kadhafiste, là où son père, dont nul ne sait vraiment où il s’est retranché, se contente d’émettre régulièrement des messages galvanisants où il appelle ses fidèles à continuer le combat.

Les kadhafistes n’ont pas dit leur dernier mot

Tant que Seif al Islam et le colonel resteront insaisissables, au point de narguer les forces de l’Otan et les troupes du CNT, la guerre continuera. Cependant, on voit mal comment les loyalistes pourraient reprendre l’initiative. Et ce n’est probablement pas un hasard si l’alliance a choisi de prolonger de trois mois —presque jusqu’à Noël— ses opérations de couverture aérienne. A Béni Walid, par exemple, toutes les tentatives de pénétration des rebelles ont été repoussées avec de lourdes pertes. Dès qu’ils se cassent les dents sur des positions ennemies, les hommes du CNT, comme le faisaient les combattants albanais de l’UÇK au Kosovo en 1999, réclament un appui aérien de l’Otan. Preuve que les avions français, britanniques et américains, entre autres, ne chôment pas, le point de situation n° 44 du ministère français de la Défense dresse la liste des objectifs «traités» du 15 au 22 septembre : «Une dizaine de véhicules militaires et d’armements (véhicules légers armés, lance-roquette multiples) dans la région de Syrte, Béni Walid, Waddan et Sebha; une dizaine de bâtiments de commandement et de stockage de matériel dans les régions de Syrte, Béni Walid, Waddan et Sebha». Les forces de Kadhafi ont peut-être trouvé une certaine forme de parade à ces frappes, puisqu’elles semblent capables de reprendre le combat après les bombardements et d’interdire pour l’instant à leurs ennemis l’accès aux villes qu’elles défendent. Si l’alliance s’octroie généreusement une rallonge de trois mois pour mener à bien ses opérations, peut-être faut-il y déceler des indices quant à la capacité de nuisance des kadhafistes, qui semblent loin d’avoir dit leur dernier mot.

Le CNT sur la sellette

En Occident, d’ailleurs, des voix s’élèvent pour s’inquiéter de cet après-Kadhafi qui tarde à venir. Les rebelles du CNT n’inspirent pas que la confiance. Ils sont divisés, leur programme paraît incohérent, pour ne rien dire de leur volonté de fonder leur Constitution sur la charia (loi islamique). Aux États-Unis, le Washington Post tire la sonnette d’alarme : «[…] alors que les loyalistes de Mouammar Kadhafi résistent avec acharnement dans les villes assiégées de Syrte et Béni Walid, et que des querelles éclatent entre les révolutionnaires, il est de plus en plus à craindre que le renversement de Kadhafi ne soit pas synonyme de la fin des combats dans la nouvelle Libye. En fait, certains estiment que la défaite de l’ancien dirigeant pourrait ouvrir la voie à un conflit beaucoup plus complexe».

L’Occident se paye-t-il la Libye de ses rêves?

Le problème tiendrait peut-être, à en croire l’auteur britannique Greg Muttit, interviewé par Al Jazeera, au principe même des interventions occidentales. Muttitt ne mâche pas ses mots. Pour lui, l’Ouest n’intervient qu’à ses propres fins, et se soucie en fin de compte fort peu de satisfaire les aspirations des peuples au côté desquels il intervient : «Autrement dit, commente-t-il, les puissances occidentales trouveront la Libye qui leur convient dans les mois qui viennent. Elles peuvent préférer [une Libye] divisée entre tribus, ou entre "modérés" et "islamistes". Les Américains et les Britanniques chercheront à soutenir les politiciens libyens avec lesquels ils estimeront qu’il est possible de faire des affaires. Ils auront tout naturellement tendance à penser qu’ils aident les modérés, mais ces derniers seront également prêts à tout pour plaire aux puissances occidentales». Il reste trois mois à l’Occident pour s’offrir cette Lybie rêvée, peut-être, effectivement, en guise de cadeau de Noël.

 

Roman Rijka

 

Voici ce qu'était KADHAFI :

KHADDAFI ne serait pas fort bien un dirigeant modèle, mais voilà ce qu'était la Libye avant l'intervention de l'OTAN.

 

1-L’électricité à usage domestique est gratuite !
2 - L’eau à usage domestique est gratuite !
3- Le prix d’un litre d’essence est de 0,08 EUROS !
4- Les banques libyennes accordent des prêts sans intérêts !
5- Les citoyens n’ont pas d’impôts à payer, et la TVA n’existe pas !
6- La Libye est le dernier pays dans la liste des pays endetté ! La dette publique est à 3,3% du PIB ! En France, elle est à 84,5% ! Aux US, 88,9% ! Aux Japon à 225,8% !
7- Le prix pour l’achat d’une voiture (Chevrolet, Toyota, Nissan, Mitsubishi, Peugeot, Renault...) est au prix d’usine (voitures importées du Japon, Corée du sud, Chine, Etats-Unis...) !
8- Pour chaque étudiant voulant faire ses études à l’étranger, le « gouvernement » attribue une bourse de 1 627,11 Euros par mois !
9- Tout étudiant diplômé reçoit le salaire moyen de la profession du cursus choisi s’il ne trouve pas d’emploi !
10- Lorsqu’un couple se marie, l’ »Etat » paie le premier appartement ou maison (150 mètres carrés) !
11- Chaque famille libyenne, sur présentation du livret de famille, reçoit une aide de 300 EUROS par mois !
12- Pour tout employé dans la fonction publique, en cas de mobilité nécessaire à travers la Libye, l’Etat fournit une voiture et une maison gratuitement. Et quelque temps après, ces biens sont à lui. Je jure qu'après cette guerre, il y aura une autre révolution contre les nouveaux autorités lybiennes, parce qu'elles ne pourront pas satisfaire le peuple comme le faisait KADHAFI!!!

 

 

Mouammar Kadhafi tué près de Syrte


SYRTE, Libye (Reuters) - Mouammar Kadhafi, qui a dirigé d'une main de fer la Libye pendant près de 42 ans, a succombé aux blessures reçues jeudi lors de sa capture près de sa ville natale de Syrte, a annoncé le nouveau régime libyen. Ni les Etats-Unis, ni l'Otan n'étaient en mesure de confirmer la disparition de l'ancien "guide" libyen, mortellement blessé à la tête et aux jambes alors qu'il tentait de fuir Syrte, selon différents responsables du Conseil national de transition (CNT).

 

Image tirée d'un téléphone mobile montrant le colonel Kadhafi dans la région de Syrte le 20 octobre 2011


"Nous annonçons au monde que Mouammar Kadhafi a été tué alors qu'il était aux mains des révolutionnaires", a déclaré le vice-président du CNT, Abdul Haziz Ghoga, lors d'une conférence de presse à Benghazi. D'après le ministre de l'Information du gouvernement provisoire, Kadhafi a été mortellement blessé dans une attaque menée par les forces du CNT. "Il a été tué dans une attaque de nos combattants. Des images existent", a ajouté Mahmoud Chammam. La télévision libyenne a diffusé les images de soldats du CNT filmés devant deux larges conduites d'évacuation d'eaux usées passant sous une route où, affirme-t-elle, le dirigeant libyen a été retrouvé. Abdel Madjid Mlegta, responsable militaire du CNT, a déclaré pour sa part que l'ex-dirigeant libyen avait été touché dans un raid aérien mené à l'aube par l'Otan. "Il y a eu des tirs nourris contre son groupe et il est mort", a-t-il dit. A Bruxelles, le porte-parole militaire de l'Alliance atlantique a confirmé que l'aviation alliée était entrée en action dans le secteur mais n'a pas dit si Kadhafi se trouvait dans l'un des véhicules visés. "Des avions alliés ont frappé vers 08h30 (06h30 GMT) deux véhicules des forces pro-Kadhafi qui faisaient partie d'un convoi plus large dans le secteur de Syrte", a dit le colonel Roland Lavoie.

SA DÉPOUILLE TRANSPORTÉE A MISRATA

Mouammar Kadhafi était en fuite depuis la prise de Tripoli par les forces du CNT le 23 août. Début octobre, le Premier ministre du "gouvernement" du CNT, Mahmoud Djibril, avait indiqué qu'il se cachait dans le sud de la Libye. Sa présence avait également été évoquée fin septembre près de l'oasis saharienne de Ghadamès. Kadhafi se trouvait en fait dans sa région natale de Syrte, sur la côte méditerranéenne, tombée dans la journée après deux mois de siège par les forces du CNT. Son corps a été transporté à Misrata, a dit le ministre libyen de l'Information, tandis qu'un responsable militaire libyen, cité par la chaîne panarabe Al Arabia, indiquait que les autorités feraient rapidement circuler des images de la dépouille de l'ex-dirigeant. Plusieurs chaînes de télévision ont diffusé une photographie de Mouammar Kadhafi, le visage ensanglanté, présentée comme un cliché pris après sa mort, ce qu'a confirmé un responsable militaire du CNT. Des images de soldats tirant au sol un corps à demi nu, présenté comme celui de Kadhafi, ont été mises à l'antenne par Al Djazira. On les voit lui retirer sa chemise. Son visage est couvert de sang, et un impact de balle est visible sur sa tempe.

PAS DE CONFIRMATION À L'ÉTRANGER

A Washington, le département américain d'Etat s'est dit dans l'incapacité de confirmer l'annonce de sa mort. "Nous travaillons sur le sujet", a simplement déclaré un haut responsable de l'administration de Barack Obama. "Nous n'avons pas été en mesure de confirmer ces informations. La situation est trop indécise. Des événements de ce genre, sur le terrain, seul le CNT peut les confirmer", a dit de son côté un responsable de l'Otan à Bruxelles. "Si c'est vrai, ce sera alors véritablement une journée historique pour le peuple de Libye", a-t-il ajouté. Le pouvoir intérimaire libyen a également annoncé la capture d'un des fils de Kadhafi, Moutassim, et de son ancien porte-parole, Moussa Ibrahim. Son ministre de la Défense, Aboubaker Younès, aurait lui aussi péri dans l'opération. Né en 1942, l'ex-Guide avait accédé au pouvoir en septembre 1969. Il a été emporté par le "printemps arabe" à la suite du Tunisien Zine ben Ali et de l'Egyptien Hosni Moubarak. Sa mort, annoncée le même jour que la prise de Syrte, l'ultime bastion des forces qui lui étaient restées fidèles, marque sans doute la fin de huit mois de soulèvement contre un des plus anciens dirigeants en place en Afrique. Le CNT avait fait de la prise de Syrte, sur laquelle flotte désormais le nouveau drapeau libyen, le point de départ du calendrier qui doit établir un nouveau régime démocratique. A Benghazi, le vice-président du CNT, Abdoul Hafiz Ghoga, a annoncé que "la libération de la Libye" serait proclamée dans les toutes prochaines heures.

Avec Tim Gaynor, Samia Nakhoul à Tripoli, Sami Aboudi au Caire et David Brunnstrom à Bruxelles; Guy Kerivel et Henri-Pierre André pour le service français

Kadhafi est mort

Le colonel Kadhafi est mort. La ville de Syrte, dernier bastion kadhafiste, est finalement tombée.

 

 

Le colonel Kadhafi, AFP PHOTO/FILIPPO MONTEFORTE

- jeudi 20 octobre - 

 18h40 [Al-Jazeera] Des images de la chaîne Al-Jazeera montrent que Kadhafi a été capturé vivant avant de mourir.

18h20 [Communiqué] Nicolas Sarkozy «Une étape majeure pour le peuple libyen»

Nicolas Sarkozy a salué «la lutte menée depuis plus de huit mois par le peuple libyen pour se libérer du régime dictatorial et violent qui lui a été imposé pendant plus de quarante ans». Il a aussi encouragé la mise en place d'un régime «dans lequel toutes les composantes du pays auront leur place et où les libertés fondamentales seront garanties».

18h15 [AFP/Romandie News] C'est la fin de la guerre de Libye, a déclaré Silvio Berlusconi, le chef du gouvernement italien. 

Sic transit mundi, a commenté Silvio Berlusconi, un ancien proche allié de Mouammar Kadhafi. Une expression latine qui signifie «ainsi passe la gloire du monde»

18h11[ Al-Arabiyya]. La photo de l'homme qui aurait tué Kadhafi circule sur Twitter. Les rebelles portent et acclament le jeune homme qui a porté le coup fatal.

17h40 [France 24] La Libye libérée

«Moustapha Abdeljalil (le chef du CNT), ndlr) va proclamer aujourd'hui ou au plus tard vendredi la libération du pays et donner des détails sur la mort de Kadhafi», a déclaré Mahmoud Jibril, le numéro deux du Conseil National de Transition.

17h20 [Al-Jazeera] Une «transition historique» pour la Libye, selon Ban Ki-Moon

Pour le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, «il est temps pour les Libyens de se rassembler. C’est le moment de la guérison et de la reconstruction» et «non de la vengeance».

17h10 [BBC] La mort de Kadhafi vue de Tunisie

Les Libyens émigrés en Tunisie fêtent la mort de Kadhafi dans la rue, notamment devant l’ambassade libyenne à Tunis. De nombreux Libyens avaient fui le pays après l'escalade de violence à Bani Walid et Syrte.

16h59 [Corriere Della Serra] La journée en images

Le quotidien italien renvoie aux images fortes de cette journée, des photos du trou dans lequel Kadhafi a été trouvé jusqu'à celles de sa mort violente.

 
 Les trous où auraient été cachés Mouammar Kadhafi le 20 octobre 2011. AFP/PHILIPPE DEMAZES

16h56 [BBC] Cameron rend hommage aux victimes du colonel Kadhafi.

Le Premier ministre britannique David Cameron a déclaré qu’aujourd’hui était un jour dédié à «la mémoire de toutes les victimes du Colonel Kadhafi». Il a ajouté que le peuple libyen à maintenant une vraie chance de construire «un avenir fort et démocratique».

16h44 [Reuters] Moutassim Kadhafi vivant

Reuters rapporte que l’une de ses sources a vu une vidéo montrant Moutassim Kadhafi, le fils du Guide libyen, allongé sur un lit et couvert de sang, mais vivant.

16h30 [Al-Jazeera] Le corps de Mouammar Kadhafi serait dans une mosquée à Misrata

16h28 [The Guardian] Le Premier ministre libyen Mahmoud Jibril s'est exprimé

«Nous attendions ce moment depuis longtemps, Mouammar Kadhafi a été tué»

16h16 [BBC] Capturé dans un trou

Le correspondant de la BBC Gabriel Gatehouse a déclaré que l’homme qui affirme avoir capturé Kadhafi lui a dit que le colonel se cachait dans un trou, au centre de Syrte, et qu’il a supplié: «ne tirez-pas»

15h48 [Al-Jazeera live] La mort de Kadhafi en images

La chaîne Al-Jazeera vient de diffuser les images de la mort de Mouammar Kadhafi. Le Guide libyen est battu.

15h42 [BBC] Un fils de Kadhafi retrouvé mort

Moutassim Kadhafi, le fils de Mouammar Kadhafi a été retrouvé mort à Syrte, selon l'AFP

15h30 [Al-Jazeera live] Les cadres du CNT confirment tour à tour la mort de Kadhafi.

Kadhafi est mort dans une attaque menée par les combattants du CNT. Le ministre libyen Mahmoud Shammam l'a confirmé à l'agence Reuters.

14h50 [Sky News] Le porte-parole du CNT à Misrata confirme la mort de Kadhafi

13h47 [BBC] Les Etats-Unis ne confirment pas la mort de Mouammar Kadhafi

Les Etats-Unis ne confirment pas. Le Département d’Etat américain a déclaré qu’il ne pouvait pas confirmer la capture et la mort de Mouammar Kadhafi pour le moment

13h26 [Sky News] Kadhafi est mort

Un membre du CNT annonce à la chaîne Sky News que Kadhafi était mort et que son corps était acheminé à Misrata, selon le Guardian 

13h24 [Guardian] 

Une image de Kadhafi blessé circule sur la toile. Elle est reprise par le Guardian.

12h53 [Al-Jazeera] 

La chaîne Al-Jazeera annonce que Mouammar Kadhafi est mort de ses blessures. Aucun cadre du Conseil national de transition n'a cependant confirmé cette information.

12h50 [Guardian]

Kadhafi aurait dit «ne tirez pas, ne tirez pas», selon le quotidien britannique The Guardian

12h22 [Guardian]

Un cadre du CNT Abdel Majid a annoncé que Mouammar Kadhafi serait blessé aux deux jambes.

12h15 [RFI] 

Une chaîne de télévision libyenne annonce la capture de Mouammar Kadhafi. Mais les informations n'ont pas encore été confirmées. Il a été capturé alors qu'il tentait de fuir à bord d'un convoi, rapporte la radio RFI.

11h06 La prise de Syrte est annoncée par les rebelles libyens.

 "Kadhafi a encontré son destin"

Par LEXPRESS.fr

 

Photo prise par un photographe de l'AFP d'une vidéo elle-même tournée par un responsable du CNT. "Nous n'avons plus aucun doute sur l'authenticité de la photo": elle représente bien Kadhafi, explique Eric Baradat, rédacteur en chef du service photo de l'AFP sur 20Minutes. AFP/PHILIPPE DESMAZES

L'ex-dictateur libyen a été capturé et tué à Syrte, son dernier bastion tombé ce jeudi matin. Son corps aurait été transféré à Misrata. Le CNT donnera des détails sur sa capture et sa mort au plus tard vendredi. Suivez les dernières informations en direct. 

Mouammar Kadhafi a été capturé à proximité de la ville de Syrte, dont le CNT annonçait la chute plus tôt ce jeudi. Il aurait alors été gravement blessé. De nombreuses sources du CNT le disent mort de ses blessures et des médias commencent à diffuser des images de son corps. Sa dépouille aurait été transférée vers Misrata dans l'après-midi. Le CNT proclamera officiellement la libération de la Libye et donnera des détails sur la mort du guide déchu "au plus tard vendredi". 

Confirmations et images au compte-goutte

Alors que Tripoli commence à célébrer ces informations parcellaires (concert de klaxons, tirs de joie et embrassades...), Moustafa Abdeljalil, président du CNT, devrait très rapidement s'adresser au peuple libyen, rapporte le Guardian.  

Et après?

Pour la Libye: voici le profil des nouveaux maîtres de Tripoli. Mais des questions subsistent. Gouvernement de transition, élections, Constituante... Quelle sera la suite du calendrier politique en Libye?

Pour la région: l'afflux d'armes de tous calibres échappées des arsenaux libyens menace de plonger dans le chaos cette zone immense et fragile, où Aqmi évolue déjà.  

"Notre peuple de Syrte a vu son corps, Moustafa Abdeljalil va bientôt le confirmer", assure le ministre de l'Information, Mahmoud Shammam à Associated Press. Le porte-parole officiel du CNT à Benghazi Abdel Hafez Ghoga a été plus rapide que lui... "Nous annonçons au monde que Kadhafi a été tué aux mains des révolutionnaires, a-t-il indiqué à la presse. C'est un moment historique, c'est la fin de la tyrannie et de la dictature. Kadhafi a rencontré son destin." Confirmation enfin du Premier ministre Mahmoud Jibril: "Kadhafi a été tué", confirme-t-il en conférence de presse. 

 

Le film de sa capture

Les informations qui suivent restent difficiles à confirmer dans l'immédiat. L'Otan "cherche à confirmer ces éléments" qui parviennent au compte-goutte, et cela "prendra du temps". Même prudence au département d'Etat américain qui tente de vérifier des "informations de médias". Mais les images commencent à nous parvenir, via l'AFP (voir ci-dessus) ou Al Jazeera qui diffuse, vers 16h, une vidéo où l'on distingue son corps ensanglanté, au sol, sans doute à Syrte. Une autre vidéo, publiée sur Youtube montre le guide déchu, encore vivant, aux mains des combattants.  L'Otan a annoncé ce jeudi dans un communiqué que des avions de l'Alliance avaient frappé deux véhicules des forces pro-Kadhafi à environ 8h30 alors qu'ils quittaient la ville de Syrte. Il se pourrait qu'il s'agisse du convoi du colonel Kadhafi, mais cela reste à confirmer. Le ministre de l'Information du CNT affirme de son côté que ce sont des "révolutionnaires qui ont attaqué le convoi" en provenance de Syrte. 

Après cette attaque du convoi, Kadhafi et ses proches auraient alors trouvé refuge dans un "tunnel" (voir ci-dessus). Sky News traduit les grafitti visibles sur cette photo: "C'est ici que le rat Kadhafi s'est caché" et "le méprisable Kadhafi". Ce refuge a été très temporaire. Un témoin cité par Reuters et la BBC affirme que Kadhafi aurait crié "Ne tirez pas, ne tirez pas", lorsqu'il a été trouvé "dans ce trou".  

Comment a-t-il été tué?

Plusieurs témoins ont d'abord présenté le colonel Kadhafi comme grièvement blessé, auprès de Reuters, de l'AFP ou du Libyan Youth Movement, par exemple. La publication des images de sa dépouille à Syrte ne laisse plus aucun doute: le dictateur est mort. Mais dans quelles circonstances? 

"Kadhafi a été arrêté. Il est gravement blessé mais il respire encore", déclarait notamment à l'AFP un de commandants venus de Misrata, à l'ouest de la ville de Syrte. Il affirme avoir vu Mouammar Kadhafi de ses propres yeux. Un autre homme interviewé par la BBC dit que le colonel Kadhafi a reçu un tir de 9mm dans le ventre. Le dictateur déchu aurait également été atteint par une balle à la tête. Le moment reste incertain. 

Al-Jazeera a très rapidement cité, de son côté, des sources selon lesquelles Kadhafi était mort. Pour Al Arabiya, il serait "mort à la suite des blessures" déjà évoquées, selon un officiel du CNT. Reuters affirme la même chose. Son corps aurait ensuite été transporté vers Misrata, selon Libya TV. 

Kadhafi: la fin d'un règne

 

 

Reuters/Max Rossi


Où sont ses derniers proches?

La télévision libyenne "Libye Libre" affirme que "Kadhafi a été arrêté en même temps que son fils Muatassim" dont le sort reste également à éclaircir: capturé vivant, tué, en route pour Misrata en ambulance? Pour Reuters, vers 17h30, il est vivant: "allongé sur un lit, en sang, mais vivant". "Mansour Daou (le chef des services de sécurité intérieure), et Abdallah Senoussi", le chef des renseignements libyens, toujours dans la ville de Syrte, étaient aussi dans le convoi, d'après "Libye Libre" et le porte-parole officiel du CNT à Benghazi, Abdel Hafez Ghoga. Les médias diffusent aussi des images de la dépouille de son ancien ministre de la Défense, Abou Bakr Younes

Et sa famille? Son fils le plus médiatique, Seif al-Islam, en fuite près de Syrte ou dans le sud désertique du pays, selon des versions divergentes, aurait été blessé et arrêté selon les informations d'Al Jazeera. Interpol et la CPI exigent qu'il se rende. Le Premier ministre Mahmoud Jibril demande à l'Algérie de livrer les membres du clan Kadhafi qui ont trouvé refuge sur son territoire au cours de l'été. Il s'agit de l'épouse de Mouammar Kadhafi, Safia, sa fille Aïcha (qui a accouché là-bas depuis), ses fils Hannibal et Mohamed, accompagnés de leurs enfants. Son autre fils Saadi avait trouvé refuge au Niger, tandis que Khamis a été donné pour mort à de multiples reprises.  

La chute de Syrte

Les forces du gouvernement libyen de transition ont annoncé plus tôt ce jeudi avoir pris les dernières positions tenues par les partisans de Mouammar Kadhafi dans la ville de Syrte. "Syrte a été libérée. Il n'y a plus de troupes de Kadhafi", a déclaré un colonel du CNT à Syrte. "Nous pourchassons les combattants qui tentent de s'enfuir". La prise de la cité portuaire a été confirmée par un autre commandant sur la ligne de front dans ce qui était le dernier bastion des partisans de l'ancien dirigeant libyen, renversé il y a deux mois. La ville côtière de Syrte, région natale de l'ex-leader, a été dévastée.  Dernier bastion de Kadhafi, la chute de Syrte annonce la très proche libérate tout le pays. "Au plus tard vendredi" a annoncé Mahmoud Jibril. 

La Libye célèbre la fin de Kadhafi

 

 

REUTERS/Ismail Zitouny

Kadhafi, c'est lui qui en parle le mieux

L’homme qui a semé la révolution sous toutes les latitudes en est aujourd’hui la victime.

 

Muammar al-Gaddafi Mouammar Kadhafi _DDC6346, by Abode of Chaos via Flickr CC


Mise à jour du 20 octobre 2011. Les forces du nouveau régime en Libye affirment avoir pris le contrôle de Syrte, le dernier bastion du régime déchu de Mouammar Kadhafi, après plus d'un mois de combats meurtriers. Selon le CNT (Conseil national de transition), le colonel Kadhafi serait mort. C’est bien connu: pour les dirigeants, la révolution c’est toujours mieux chez les autres que chez soi. Le 13 février dernier, alors que son pays semblait encore préservé de l’agitation qui gagnait le monde arabe, le numéro un libyen Mouammar Kadhafi ne se privait pas d’encourager les Palestiniens à suivre l'exemple des révolutions tunisienne et égyptienne, et à se masser aux frontières israéliennes «jusqu'à ce que l'Etat juif accède à leurs demandes». «Nous vivons le temps des révolutions populaires. Il nous faut créer un problème international. Ce n'est pas une déclaration de guerre, c'est un appel en faveur de la paix», expliquait-il à la télévision libyenne. «Tous les pays arabes qui entretiennent des relations avec Israël sont des régimes lâches». Kadhafi pressentait-il que des manifestants —libyens cette fois— choisiraient de se «masser» aux portes de son palais? Voulait-il détourner les yeux de ses compatriotes vers le bouc émissaire régional, l’Etat d’Israël? Quoi qu’il en soit, la manoeuvre n’a pas fonctionné, et aujourd’hui la révolution ne s’exporte plus, elle gronde sous ses fenêtres. 

Les leçons du professeur Kadhafi

Sur la question palestinienne, le «Guide» libyen n’a pas toujours eu le cœur aussi tendre. L’une de ses phrases les plus célèbres date de 2005, lors du sommet arabe d’Alger : «Je ne peux reconnaître ni l’Etat palestinien ni l’Etat israélien. Les Palestiniens sont des idiots et les Israéliens sont des idiots.»

Voilà renvoyés dos à dos les protagonistes de la crise au Moyen-Orient. Les jugements péremptoires sont la spécialité du Guide. En 2009, c’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui en prend pour son grade, qualifié de «Conseil de terreur» par Kadhafi pour son premier discours du haut de la tribune des Nations unies en 40 ans de pouvoir. Kadhafi adore donner des leçons et chacun sait qu’il a une très haute opinion de lui-même, comme il l’a exprimé récemment devant ses pairs Africains : «Je suis un leader sur le plan international, le doyen des dirigeants arabes, le roi des rois d’Afrique et l’imam des musulmans.»  Un tel statut autorise à donner quelques conseils aux plus grands. Ainsi, celui qui se fait appeler «le Mec» dans les quartiers populaires de Tripoli déplore que Barack Obama ait «un complexe d’infériorité qui le fait se comporter de façon pire que les blancs. Nous lui disons d’être fier de lui en tant que noir et de ressentir le fait que toute l’Afrique est derrière lui». Un brin condescendant certes, mais mieux quand même que ses propos sur Ronald Reagan; «le fou» qui, d’après lui, voyait le monde «comme une scène de théâtre». Sans doute le numéro un libyen sait-il de quoi il parle. Mais Kadhafi n’est pas seulement féru de psychologie, il adore par dessus tout les relations internationales, et plaide inlassablement pour l’unité de l’Afrique. Et ce d’autant plus qu’il pense que «le temps du nationalisme arabe et de l’union est terminé pour toujours». Aussi, la situation au Soudan —où le Sud a voté en faveur de l’indépendance— ne le laisse pas indifférent. «Ce qui se passe au Soudan pourrait devenir une maladie contagieuse qui affectera toute l’Afrique», a-t-il expliqué lors du dernier sommet afro-arabe de Syrte. «On doit reconnaître que cet évènement est dangereux. La partition probable du Soudan changera la carte du pays. Mais d’autres cartes (de pays africains) vont changer aussi», a-t-il prévenu.

Dans l’esprit de Kadhafi, beaucoup de choses vont d’ailleurs changer, et pas seulement en Afrique. Il s’en est entretenu avec le dirigeant italien, son ami Silvio Berlusconi : «Demain, peut-être que l’Europe ne sera plus européenne mais noire, car ils sont des millions (d’Africains) à vouloir venir.» Les conséquences risquent d’être lourdes selon le numéro un libyen, qui se demande «si l’Europe restera un continent avancé ou uni, ou s’il sera détruit comme cela s’est produit avec les invasions barbares». Au passage, Kadhafi a proposé aux Européens d’arrêter l’immigration venue des côtes libyennes contre un chèque de 5 milliards d’euros. Pour ceux qui verraient derrière ces propos quelque trace de mépris envers les immigrés africains, il suffit de rappeler qu’en octobre 2010 Mouammar Kadhafi a présenté, au nom du monde arabe, des excuses aux Africains pour les siècles d’esclavagisme : «Dans le passé, les riches Arabes maltraitaient leurs frères africains; ils achetaient leurs enfants et les amenaient en Afrique du Nord, dans la péninsule arabe et dans les pays arabes entre les deux régions. Ils en faisaient des esclaves, les vendaient et les achetaient, et se livraient à l'esclavagisme de manière éhontée.» Certes, il n’est pas allé jusqu’à réclamer des compensations —comme il l’a fait aux Italiens pour la colonisation— mais le geste est quand même appréciable.

Les sautes d'humeur du professeur Kadhafi

Les prises de position de Kadhafi évoluent souvent au gré de ses colères et de ses inimitiés. Lorsqu’il se sent menacé par la montée de l’islamisme, il ne plaisante plus avec l’Europe, ce continent de «perdants qui ne respecte pas le Coran», mais plaint les américains victimes d’al-Qaida  en septembre 2011: «Nous sommes terrorisés par ce qui s’est passé en Amérique, et nous présentons nos condoléances au peuple américain qui a subi cette catastrophe inattendue et cette nouvelle guerre mondiale.» Quelques années plus tard, c’est le même Kadhafi qui appelle au djihad contre la Suisse, dont la justice a eu l’outrecuidance d’interpeller un de ses fils, Hannibal, accusé de mauvais traitement par deux domestiques :«Le djihad contre la Suisse, contre le sionisme, contre l’agression étrangère, n’est pas du terrorisme», estime-t-il. Du haut de son titre d’imam, le colonel se permet d’ailleurs une fatwa: «Tout musulman partout dans le monde qui traite avec la Suisse est un infidèle». Cela risque de faire beaucoup de richissimes musulmans à exclure de la communauté!

Kadhafi, sans peur et sans reproche

Mais Kadhafi l’a dit dès 1972: «Je n’ai peur de rien. Si vous craignez Dieu, vous ne craindrez plus rien.» Durant 41 ans, il n’a pas eu peur de son opposition, estimant qu’au «Moyen Orient, l’opposition est assez différente de celle des pays démocratiques. Dans nos pays, l’opposition prend la forme d’explosion, d’assassinats et de meurtres». La peur a sans doute fini par gagner l’esprit du Guide; reste à savoir si celui qui estime depuis 41 ans qu'«il n’y a pas une seule démocratie au monde, exceptée en Libye», saura comprendre le message que lui envoie son peuple.

Alex Ndiaye

SuperMouammar, héros anticolonialiste

Mouammar Kadhafi fait l’objet d’un storytelling nourri de sa singulière résistance aux attaques occidentales. De quoi alimenter le mythe d’un superhéros de l’anticolonialisme. Texte et dessins inédits du dessinateur burkinabè Damien Glez.

 

 

© Damien Glez, tous droits réservés.


Mise à jour du 20 octobre 2011. Les forces du nouveau régime en Libye affirment avoir pris le contrôle de Syrte, le dernier bastion du régime déchu de Mouammar Kadhafi, après plus d'un mois de combats meurtriers. Selon le CNT (Conseil national de transition), le colonel Kadhafi serait mort.

 Serait-il indestructible? Mouammar Kadhafi a résisté à tant de crash tests qu’il pourrait sembler invincible. Baraka de «cocu» politique, force surhumaine ou talent stratégique? Son dernier carré de fidèles écrit, chaque jour, quelques lignes de la légende du martyr qui plie mais ne rompt jamais sous les coups de boutoirs de l’Otan. Un scénario digne des bandes dessinées patriotiques que l’Etat américain parrainait dans les années 40.

Les aventures internationales de SuperMouammar

Pour camper un superhéros, peut-on rêver meilleur comédien que ce caméléon libyen qui pimente la géopolitique internationale depuis la fin des sixties? Assurément non. Alors place à des aventures romancées qui, entre réalité et fiction, méritent d’être éditées, sur papier glacé, aux Éditions du Guide, en pré-commande sur «Amazones». Albums à ne pas manquer: SuperMouammar chez les Bédouins (1942), SuperMouammar contre les cowboys (1986), SuperMouammar à l’assaut de Lockerbie (1988), SuperMouammar sur les traces du Da Vinci code (2007), SuperMouammar, superhéros des superhéros (2009), SuperMouammar contre al-Qaida (2011), SuperMouammar contre B.H.L. (à paraître). Après tout, Barack Obama a bien eu droit à son apparition dans un comic

Tout superhéros a son fanclub

Si Superman fut créé en 1932 par l’écrivain Jerry Siegel et le dessinateur Joe Shuster, ses aventures furent, par la suite, reprises et imaginées par de nombreux artistes. C’est ainsi que plusieurs animateurs se relaient dans le développement de la saga de SuperMouammar. Des moustaches verticales, des crânes nouvellement rasés ou des nuques à chignon. Sur le continent africain, Robert Mugabe, déjà lui-même au ban de tout, est un des derniers aficionados officiels du Guide de la Révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste. Sur le continent américain, le plus grand fan de la série SuperMouammar reste le président vénézuélien, lauréat, en 2004, du prix Kadhafi des droits de l’homme. Ce lundi, le cheveu ras défendait encore les bouclettes. Hugo Chavez refusait de reconnaître les rebelles libyens, vomissant «cette pantomime d’un Conseil de transition et l’attirail farineux des pays européens». Sur le continent européen justement, et dans un registre plus spirituel, le fondateur du Mouvement raëlien soutient le guide libyen. Avec l’ambassadeur des extraterrestres dans son pool de storytellers, SuperMouammar a de quoi planer dans l’espace comme Superman. Les animateurs d’une fable kadhafienne kafkaïenne ont une trame dramaturgique imparable. Les superhéros les plus mémorables sont ceux qui ont affronté de flamboyants «méchants». Et Raël explique que le pouvoir libyen combat «les agressions des pays développés ex-colonisateurs, en proie actuellement aux crises économiques et financières, qui n’hésitent pas à revenir en Afrique en utilisant tous les faux prétextes possibles pour justifier leurs interventions militaires». SuperMouammar devient alors le héros (héraut?) de l’anticolonialisme, celui qui résiste à la spoliation des richesses libyennes par des puissances étrangères qui piétinent le droit international et tiennent des discours dignes de salmigondis. Cent ans après, SuperMouammar devient la réincarnation d’Omar Al Mokhtar qui résista à la colonisation italienne. Au début du XXe siècle. De quoi assurer à ses aventures plus de volets que celles d’Harry Potter. Il suffira que la fiction embellisse la réalité… Reste à pourvoir le superhéros libyen en petits accessoires qui feront sa personnalité. Si Superman avait sa précieuse kryptonite, ce matériau pierreux qui suscitait tant de convoitises, SuperMouammar lui possède une matière première fossile qui fait tourner les têtes: le pétrole. Côté costume, Superman avait sa cape rouge, mais SuperMouammar les aime dorées

SuperMouammar, envers et contre tous

Nul doute que SuperMouammar est plus fort que Captain America. Pour être statistiquement précis, il est plus fort que les huit Captains America qui se sont succédés à la Maison-Blanche depuis son arrivée au pouvoir à Tripoli: Captain Nixon, Captain Ford, Captain Carter, Captain Reagan (qui, déjà, le bombarda), Captain Bush père, Captain Clinton, Captain Bush fils et Captain Obama. Le dernier, d’ailleurs, a plutôt des airs de Frozone, le super héros qui crée la neige et la glace dans Les Indestructibles. Puisant aux racines de la culture pop du grand Satan américain, SuperMouammar se révèle aussi vigoureux que les Quatre Fantastiques réunis: aussi râleur et robuste que La Chose, sa force de frappe fait trembler ses adversaires; capable d’invisibilité comme Jane Storm, il peut disparaître pendant des jours, attisant toutes sortes de rumeurs sur une éventuelle fuite au Venezuela; résistant aux flammes de bombardements incessants comme la Torche Humaine, il sait lui-même mettre le feu au désert; idéologiquement aussi élastique que Monsieur Fantastique, il alterne appel au djihad contre la Suisse et dénonciation de l'épouvantail islamiste. Il y a même un peu de Rahan dans SuperMouammar. Le «fils des âges farouches» est apparu, lui aussi, en 1969, issu d’un monde où les clans avaient été exterminés par un volcan en fusion. Le héros libyen, lui, évolue entre des tribus Kadhafa, Warfala ou Megarha bien mises à mal. Le groupe de presse communiste qui éditait Les aventures de Rahan était aussi un chantre de l’anticolonialisme… Et si les dirigeants subsahariens font profil bas, sur le dossier libyen, Kadhafi est toujours le superhéros d’une partie des populations du continent africain. Le 30 juillet dernier, une section de l’Union des jeunes musulmans du Mali organisait un meeting de soutien au Guide, brûlant trois drapeaux français à Korofina, un quartier de Bamako.

 

Damien Glez

 

Présidentielle au Cameroun: Washington dénonce de vastes irrégularités

 

 

Les Etats-Unis ont estimé que l'élection présidentielle du 9 octobre au Cameroun était entachée "d'irrégularités à tous les niveaux", dans une déclaration transmise jeudi à l'AFP à la veille de la proclamation des résultats. L'opposition, qui accuse le pouvoir d'avoir verrouillé l'élection en faveur du président Paul Biya, 78 ans, au pouvoir depuis 1982 et qui brigue un sixième mandat, a annoncé qu'elle rejetait par avance les résultats du scrutin, qu'elle qualifie de "mascarade". La Cour suprême a rejeté mercredi et jeudi 15 recours en annulation de la présidentielle introduits par l'opposition et doit proclamer les résultats vendredi. La France par son ministre le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé avait jugé mardi que les élections avaient eu "lieu dans des conditions acceptables". L'équipe d'observateurs du Commonwealth a aussi estimé que le scrutin avait été exempt de "coercition", tout en soulignant qu'il y avait un "bon nombre de plaintes" sur l'organisation. L'ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun Robert Jackson a lui affirmé: "Le jour du scrutin, nos observateurs ont noté des incohérences et des irrégularités à tous les niveaux, ainsi que des difficultés techniques de la part d'Elecam (Elections Cameroon, la commission électorale) dans l'administration de l'élection". "L'une des plus grandes critiques a porté sur la façon dont les listes électorales ont été conçues et gérées, laissant libre cours aux votes multiples. Le manque de formation des agents électoraux et d'éducation des électeurs concernant la manière de voter était apparent", a ajouté l'ambassadeur américain. "L'encre qui devrait être utilisée pour empêcher les votes multiples n'était pas indélébile, et les responsables des bureaux de vote ne prenaient pas la peine de vérifier les pouces des électeurs", a poursuivi M. Jackson.

Le diplomate a fait 19 recommandations en vue de scrutins libres et équitables. Notamment: "Elecam doit pouvoir démontrer son indépendance", "le Cameroun doit adopter un bulletin de vote unique afin d'empêcher l'achat des voix", "le parti au pouvoir doit s'abstenir d'utiliser les ressources publiques pour faire campagne" et "doit s'abstenir de susciter la peur en faisant valoir que voter pour l'opposition entraînerait l'instabilité et la guerre civile". M. Jackson a encore suggéré que "le fichier électoral soit soigneusement nettoyé pour supprimer les noms des personnes décédées et les doublons". L'ambassadeur des Etats-Unis a aussi critiqué des divisions de l'opposition qui a "présenté 22 candidats (face au président Paul Biya). Il y a lieu d'émettre des réserves quant au sérieux de cette opposition et des candidats (...) les partis d'opposition doivent s'unir s'ils veulent proposer une alternative crédible". "Se réveillant tardivement, certains partis d'opposition parlent désormais d'un front commun. N'auraient-ils pas dû penser à cela plus tôt ?", s'est-il interrogé. "La Mission américaine avait dépêché 14 équipes de deux à quatre personnes (...) dans chacune des dix régions du Cameroun, avec des équipes supplémentaires à Douala (sud), la plus grande ville du pays, et à Yaoundé", la capitale, selon le diplomate. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti du président Biya, avait accusé mardi "certains partis politiques (...) au mépris de la légalité républicaine, de lancer des appels injustifiés et inadmissibles au désordre et à la violence". En février 2008, des émeutes contre la vie chère et contre le projet de suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels, projet adopté quelques semaines plus tard, avaient coûté la vie à 40 personnes, selon un bilan officiel, au moins 139 d'après des ONG.

 

  

SOCIETE

 

Les « reines » de Bamako

Par Ndeye Khady Lo

 

A Bamako,  les véhicules ont perdu leur lustre d’antan. Dans la capitale du Mali, les motos Jakarta, souvent importées d’Asie,  sont devenues les moyens de circulation privilégiés.

On se croirait à Ouagadougou au pays des hommes intègres. Sur une artère de Medina Coura, en plein centre ville de Bamako, des centaines de motos attendent impatiemment que le feu passe au vert pour continuer leur bonhomme de chemin. Rare sont les conducteurs qui porte un casque. Malgré les risques d’accident, le port du casque ne semble pas être une règle ici. Bien installé sur sa moto, Issa soutient que le casque est encombrant. «  Je ne porte jamais de casque. Cela m’indispose. Je conduis motos depuis longtemps et je n’ai jamais porté casque. C’est très fatigant », explique-t-il. Pour Fatoumata, le fait de porter le casque pour une femme est très difficile. « Avec nos coiffures, nos greffages et nos mèches, il est difficile de porter un casque. En plus il fait chaud à Bamako ». Cette attitude inconsciente est responsable de la recrudescence des accidents sur les axes routiers de la capitale malienne. Il y a aussi l’absence d’une loi répressive contre l’absence de casque et le manque de civisme. Zacharia, un agent de la circulation, souligne que les parents aussi sont à blâmer car ce sont eux qui achètent les motos à leurs enfants et ces derniers font preuve d’indiscipline sur les routes. Zacharia indique aussi que les « Jakarta » sont des engins tueurs qui fauche pas moins de douze personnes par mois rien qu’à Bamako.  « En 2008, le Programme d’Appui à l’Amélioration de la Sécurité Routière au Mali (PAASER) a fait un plaidoyer pour réduire le nombre d’accident mais les gens sont n’en font qu’à leur tête. Il ne porte pas de casques et n’ont souvent pas d’assurance », déplore-t-il.

 

Tous à califourchon

 

 

 

Autre fait marquant, c’est le nombre de femmes qui conduisent fièrement leurs motos. Jeunes vieilles ou d’âge mur, les femmes ont fait des motos « Jakarta » leurs moyens de communication privilégiée. Certaines transportent même des passagers sur leur « Jakarta ». Il n’est pas étonnant de rencontrer des femmes sur leur trente-et-un conduire leur moto avec une certaine élégance. Cela rajoute du fun à l’ambiance globale dans cette ville d’Afrique de l’Ouest. Cette prédominance des « Jakarta » dans le paysage routier de Bamako ne semble pas faire l’affaire des cars Sotrama qui assurent le transport en commun. Mais elle contribue à créer des emplois. Pour beaucoup de jeunes maliens, les motos Jakarta sont une source de revenus quotidiens. Au marché de Médina Coura, les garages de Jakarta sont nombreux. On y propose l’entretien des motos avec le lavage, le nettoyage complet de la moto et même la peinture pour donner un éclat nouveau à l’engin. Aminata, journaliste dans un quotidien malien, rappelle que l’introduction des motos Jakarta dans la culture urbaine de Bamako remonte au début des années 2000. «  C’est vers 2001, que les premières motos Jakarta ont fait leur apparition. Ils doivent leurs noms au fait qu’ils étaient importés d’Indonésie. De nos jours, ce sont les motos KTM de fabrication chinoise qui ont pris le relais. On peut les avoir à 300 000 francs Cfa (Un peu moins de 500 euros) », indique-elle.

 

SPORT

 

TOUR DU FASO 2011 : Ce sera du 21 au 30 octobre

 

La 25e édition du tour du Faso prendra son départ le vendredi 21 octobre 2011, à Laye et se terminera le 30 octobre dans la capitale du Burkina Faso. Pour cette édition 2011, 16 équipes venues d’Afrique et d’Europe tenteront l’aventure dans le plus grand tour de l’Afrique. L’annonce a été faite le lundi 17 octobre 2011, à Excellence Hôtel, par le comité national d’organisation présidé par Alassane D Ouangrawa. Voilà un quart de siècle que le tour du Faso existe. 25 ans durant, ce tour n’a jamais manqué un seul rendez-vous. Cette année, la tradition sera respectée "malgré la crise que vient de traverser le Burkina Faso". En effet, la fine fleur du cyclisme africain, ainsi que des coureurs européens ont pris rendez-vous le 21 octobre 2011, pour prendre le départ de la 25e édition du tour du Faso. Une édition placée sous le signe de la maturité par les organisateurs. 13 pays de l’Afrique, et de l’Europe ont marqué leur accord pour célébrer ce 25e anniversaire. Ce sont : l’Allemagne, l’Algérie, la France, le Cameroun, le Gabon, le Ghana, le Mali, le Maroc, les Pays-Bas, la Côte d’Ivoire, le Togo, la Sierra Leone et le Burkina Faso. Le Burkina Faso, sera présent comme les éditions précédentes avec 3 équipes : A, B et C. Dans ces différentes équipes, seront absents, Abdoul Wahab Sawadogo, Oudo Sawadogo et Idrissa Sawadogo, écartés pour indiscipline selon le président de la fédération burkinabè de cyclisme, Alassane Ouangrawa. La France, elle, va tenter de décrocher le maillot jaune avec 2 équipes, à savoir celle de l’Alsace et celle de Sarthe. Les autres pays seront présents avec une seule équipe. Ce qui donne un total de 16 équipes pour cette 25e édition du tour du Faso. Le grand absent de ce tour reste l’équipe du Sénégal. On note également l’absence du directeur du tour de Faso Laurent Bezault .Ces équipes sillonneront les régions du Nord, du Plateau Central, du Centre, du Centre-Est, de l’Ouest et du Centre-Ouest en 10 étapes d’une distance totale de 1902,7 km soit une distance de course de 1279,7 km et une distance de transbordement de 623 km.

Le doute a habité l’organisation du tour cette année

La particularité de cette édition est la suppression de l’étape de piste Sabou Koudougou. Tous ces détails ont été donnés le lundi 17 octobre 2011, par les organisateurs du tour au cours d’une conférence de presse tenue à Excellence hôtel. Conférence pendant laquelle le président du comité d’organisation, Alassane Ouangrawa, par ailleurs, président de la Fédération burkinabè de cyclisme a poussé un ouf de soulagement car, dit-il, "le doute a habité l’organisation de cette édition du tour à cause de la crise qu’a connue le Burkina". " Ce sont les plus hautes autorités du pays qui, au prix de mille et un sacrifices, ont donné des instructions pour sauver le tour du Faso 2011" ; a-t-il affirmé avant de faire savoir que le comité national d’organisation, pour sa part, ne ménagera aucun effort pour faire de cette édition une réussite parfaite. Alassane Ouangrawa a dévoilé que leur objectif pour ce tour est d’offrir l’un des maillots les plus convoités, à savoir le maillot jaune ou vert, au peuple du Burkina. On se rappelle que cela fait 6 ans que les Burkinabè n’ont plus remporté un de ces maillots. Quant à Francis Ducreux, il n’avait d’autres mots que des remerciements qu’il a adressés aux différents sponsors qui accompagneront le tour. Il a cité, entre autres, Fadoul KABBAJ qui parrainera le maillot jaune, la LONAB, pour le maillot vert, Casteel BEER pour le maillot des points chauds, la Radio France Internationale pour le maillot du plus jeune, ERRI BF, Total, Nexans, canal + l’ambassade de France, Télécel Faso, la CNSS pour les écharppes. Il a également fait savoir que des réponses d’autres sponsors sont attendues car, "le budget du tour du Faso 2011 qui est de 400 millions de nos francs n’est pas encore bouclé". Côté animation, ce sont au total 10 artistes, venus de la sous-région, qui assureront le spectacle. La population du Burkina est donc invitée à accueillir chaleureusement la caravane de la 25e édition du tour du Faso qui partira le 21 octobre de Laye et fermera ses portes le 30 octobre à Ouagadougou.

Yannick SANKARA - Le Pays

 

 

Boxe : « Yoyo » gagne, « Le Python » KO

 

 

Détrônés de leurs titres de champions mondiaux WBA pour ne les avoir pas remis en jeu dans les délais impartis, Boniface Kaboré alias « Le Python » et Alexis Kaboré dit « Yoyo » ont tenté, le 14 octobre 2011, de reconquérir leurs ceintures. Fortunes diverses pour les boxeurs du Burkina Faso dans cette soirée de reconquête de suprématie. Si Alexis Kaboré dit « Yoyo » a repris sa ceinture de champion mondial WBA des mains de l’Ougandais Sandé Muhamad Kisito dans la catégorie Super coq, Boniface Kaboré alias « Le Python » a dû abandonner son combat au 5e round à cause d’une blessure. Il était opposé à l’Egyptien Atiyo Ramdan Hany en mi-lourd. Cette défaite inattendue d’un des boxeurs en vue actuellement plonge les fans du noble art burkinabè dans la déception. Mais au ministère des Sports et loisirs, le moral est toujours haut. « Les résultats de la compétition de ce soir (NDLR, vendredi 14 octobre 2011) sont satisfaisants. Nous ne pouvons pas éternellement rester les meilleurs. Pour le faire, il faudra plus travailler », a indiqué Yacouba Ouédraogo, le responsable de ce département ministériel.

Jacques Théodore Balima - Fasozine

 

HISTOIRE


Djibril Tamsir Niane

Recherches sur l'Empire du Mali au Moyen Age

Recherches africaines . No. 1, janvier 1959. p. 6-56


L'impôt

De quelle nature était l'impôt dans le Mali, comment était-il perçu ? Problème difficile à résoudre vu la carence de documents écrits, mais on peut grâce aux allusions de certains auteurs tenter de donner une idée de l'organisation de l'impôt. Par son organisation administrative, on sait que l'économie du Mali était essentiellement agricole. L'impôt était versé en nature. Nous avons montré comment les tribus asservies du Moyen-Niger alimentaient les caisses royales. D'une manière générale dans toutes les provinces, les gouverneurs recueillaient les produits agricoles pour les acheminer sur la capitale ou vers les garnisons militaires. Il s'agissait surtout de ravitailler les armées impériales. A en croire la tradition, tous les paysans versaient la dîme de leur récolte, il s'agit là d'un impôt musulman, la zakkat qu'il faut peut-être faire remonter à Mansa Moussa Ier. Aujourd'hui encore dans certaines provinces malinké, l'impôt se dit Muddé mot dérivé de l'arabe mud (mesure). Toujours selon la tradition, ceux qui ne travaillaient pas la terre donnaient aussi le 10e du fruit de leur activité, il s'agit ici surtout des commerçants, les fameux dioulas (malinké), qui faisaient le trafic entre le Mali et les régions forestières. C'est à la fin de l'hivernage, au moment des grandes récoltes, dit la tradition, que les caravanes des produits de l'impôt allaient vers la capitale et les grandes villes telles que Sama dans Wagadou où cantonnaient des troupes. En somme, la monnaie métallique a été peu employée au Mali. Dans l'Empire on usait des mêmes pièces de dinar qu'en Egypte. Mais le Mali ne semble pas avoir fait d'émission; on ne connaît pas encore d'atelier monétaire. L'or servait surtout pour le gros commerce transsaharien. Le Mali échangeait son or contre les produits des pays maghrébins et de l'Egypte. Les Empereurs n'ont jamais cherché à thésauriser systématiquement le métal précieux pour les besoins monétaires.

Les échanges

Il faut ici faire le départ entre les échanges à l'intérieur de l'Empire d'une part et les échanges avec les pays étrangers d'autre part. A l'intérieur de l'Empire, les échanges reposaient sur le troc mais on se servait souvent du sel comme équivalent général. Cette denrée devint monnaie effective pour tous les petits échanges entre les habitants de l'Empire 55. Voici ce qu'écrit Ibn Batouta (traduction de Slane-Tome IV des voyages p. 379). « Une charge de chameau se vend à Oualata de huit à dix mithqals ou dinar d'or ou ducat ; à la ville de Mali (la capitale) elle vaut 20 à 30 ducats et quelquefois même 40 … Les nègres emploient le sel pour monnaie comme on fait ailleurs de l'or et de l'argent ; ils coupent le sel en morceaux et trafiquent avec ceux-ci ». Pour les pays soudanais le sel était un produit rare. On comprend qu'il soit pris comme monnaie. On peut remarquer d'après cet extrait d'Ibn Batouta que la valeur du sel monte à mesure qu'on s'enfonce vers le Sud. A Oualata, situé dans le Sahel, la charge de chameau coûte 10 mithqals soit 4,5 g x 10 = 45 g d'or ; dans la capitale, à Mali, soit à 24 jours de marche de Oualata la charge de chameau vaut 4 fois plus cher soit 4,5 g x 40 = 180 g d'or. Découpé en petits morceaux le sel gemme constitue une véritable monnaie, un équivalent général pour les pays compris entre le Niger et le Sénégal; ailleurs on utilisa d'autres systèmes. A l'Est dans le Gourma et dans le royaume vassal de Gao, ainsi que le note également Ibn Batouta, le cauri l'emportait sur le sel. Ce coquillage qui venait de l'Océan Indien était très recherché. Le cauri parvenait dans cette région soit par l'Est directement de l'Océan Indien, soit par le Nord-Est, mais toujours par les Arabes familiers de l'Océan Indien au Moyen Age; ils étaient les seuls fournisseurs du Soudan en cauris. Il serait intéressant de savoir l'origine de l'usage de ce coquillage comme monnaie en Afrique Occidentale 56. Cependant l'aire d'expansion du cauri fut assez limitée jusqu'au XVIe siècle, date à laquelle les Portugais purent commencer à inonder tout le continent noir du précieux coquillage. Ibn Batouta cite également le cuivre comme monnaie de l'Empire. Le cuivre était extrait à Tigida dans le Sahel. C'était un monopole des Empereurs. Ce cuivre servait surtout dans les transactions avec les peuples de la forêt au Sud des frontières indécises du Mali, dans les pays païens. Le cuivre était changé contre l'or. (100 mithqals d'or contre 60 barres de cuivre [Cf. Al Omari]). Ainsi il ne semble pas qu'il y ait eu unité dans le système monétaire du Mali, système assez primaire qui contraste avec le brillant extérieur de l'Empire. L'or intéressa peu les habitants de l'Empire dans leurs échanges de tous les jours; le troc, produit contre produit, semble avoir été le fait dominant dans le trafic intérieur.

Cependant de grands courants d'échange reliaient toutes les régions de ce vaste Empire. Des échanges importants de produits de première nécessité étaient constants d'une province à l'autre. Les documents portugais à la fin du Moyen Age, nous révèlent la richesse des provinces occidentales en produits agricoles (riz, mil) qu'on échangeait contre le fer et d'autres métaux qui venaient de l'intérieur (Vieux Manding). Mais pour le commerce intérieur, le fait dominant reste les échanges entre les pays de la savane et les pays de la forêt: ces derniers étaient riches en colas, huile de palme qui manquent à la savane. La forêt (forêt guinéenne et forêt ivoirienne) manquait de sel, de cotonnade et de poissons. Les Malinké jusqu'à nos jours sont restés les ravitailleurs de la forêt pour ces produits. Mopti, sur le Niger, était le point de départ des caravanes de poissons vers la forêt. Au Moyen-Age par son contact direct avec la forêt, le Mali détenait le monopole des noix de cola, ce fruit très consommé dans tout l'Ouest Africain a toujours été l'objet d'un commerce intense. Le Tarikh el Fettach dit que le Mali avait les plus belles plantations de colas, ce qui est peut-être une exagération car la cola pousse assez mal dans la savane; mais le Mali étant directement en relation avec la forêt, l'auteur du Tarikh a pu croire que les colas venaient de l'Empire même. Le commerce savane-forêt a été caractérisé par l'infiltration des Malinké vers le Sud où ils formaient des minorités agissantes, propagateurs de l'Islam 57. Il y a eu une véritable colonisation mandingue dans les forêts guinéennes et ivoiriennes. Mais c'est surtout par son commerce de l'or que le Mali a été connu de l'extérieur, les Empereurs du Mali passant avant tout pour être les « Rois de l'or ».

Le commerce extérieur

Les relations du Mali avec les pays étrangers (surtout méditerranéens) sont dominées par le trafic de l'or. Le Soudan, pays des Noirs pour les Arabes, est resté le pays de l'or et des esclaves. En cela le Mali n'a fait que perpétuer un trafic déjà connu entre le Ghana et l'Afrique du Nord. Al Békri dans sa Description de l'Afrique Septentrionale parle longuement de la richesse fabuleuse des Rois du Ghana, des réceptions brillantes, des parades; les chiens même de la cour auraient des « colliers d'or ». La plupart des auteurs arabes ont parlé de la fameuse pierre d'or du Ghana ou du Mali, pierre à laquelle on attachait le cheval impérial. Ibn Khaldoun nous dit qu'elle fut vendue par Mari-Djata II (1360-1374) à des marchands égyptiens 58 (Cf. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, tome II). Les Empires soudanais passaient donc pour très riches en or. Les Arabes furent les intermédiaires entre le Soudan et la Méditerranée, cela explique peut-être le monopole de l'or qu'ils gardèrent longtemps pendant le Moyen-Age. Mais peut-on estimer l'importance de ce commerce ? D'où venait cet or ? On sait que les Arabes n'ont pas connu les sources de l'or; aussi rencontre-t-on toute une littérature fantaisiste sur l'exploitation de l'or. On lit sous la plume d'un auteur arabe, qu'on faisait dans le sable des « plantations d'or comme on plante des carottes ; la récolte est au point du jour ».

Provinces aurifères

  1. Le Bambouk sur le Haut-Sénégal et la Falémé.
  2. Le Bouré, province des Camara, Djallonké et des forgerons près du Vieux Manding, au Nord du fleuve Tinkisso. C'est de loin la province la plus riche en or.
  3. La région forestière où les Malinké échangeaient le cuivre contre l'or comme je l'ai dit plus haut. Les Mansa avaient un droit exclusif sur toutes les exploitations minières. Pour l'or dans la province de Bouré, les Djallonké asservis exploitaient le métal au compte de l'Empereur. La société des orpailleurs était très bien organisée. Maîtres du pays, ces Djallonké étaient seuls admis à l'exploitation des mines.

Les Empereurs ont dû les ménager car généralement on croit que l'or s'enfuit dès que les maîtres du sol sont mécontents 59. Ce commerce intéressait les marchands du Maghreb et du Caire. L'or était échangé contre les tissus, les tapis, le sel et divers produits fabriqués. Des études ont été faites pour donner une estimation de l'or que le Mali ou le Soudan fournissait par an; mais faute de documents, dans ce domaine le champ reste libre aux imaginations 60. Lacour Gayet pour se faire une idée de la production annuelle des régions aurifères du Mali a donné un tableau pour les années 1935 à 1940 :

Régions du Haut-Sénégal et du Haut-Niger

Années

Kilogrammes d'or

1935

3,802

1936

3,447

1937

3,907

1938

3,900

1939

4,470

1940

3,796

D'après Lacour Gayet, des études et les dosages effectués par le service colonial des mines ont révélé que les méthodes indigènes d'exploitation sont si imparfaites que 57 % de l'or inclus dans les gisements échappent aux mineurs et aux laveuses. Pour l'auteur, le chiffre de 4.470 kg de l'années 1939 est un maximum car, dit-il, de nos jours l'orpaillage est stimulé par les besoins accrus des collectivités transformées. Mais il faut convenir que les services administratifs ne peuvent donner que des statistiques plus ou moins fausses car l'orpaillage n'est pas une exploitation rationnelle. On sait que sur les placers il y a un trafic intense du métal précieux et les autorités n'ont jamais pu contrôler la production de l'or 61. Lacour Gayet n'estime pas à plus de 250 kg d'or par an la production du Haut-Sénégal-Niger. Je ne peux me hasarder à donner un chiffre, cependant il faut remarquer qu'au Moyen Age notamment du temps de Mali, les Empereurs avaient un monopole sur l'or et que la production n'était pas aussi désordonnée que de nos jours. Il y avait une caste d'orpailleurs dont le travail était surveillé. Aujourd'hui, tout homme peut se faire orpailleur et l'Administration ne peut dire combien d'hommes et de femmes travaillent dans les placers ni ce qu'un travailleur recueille d'or par jour. Nous n'avons donc aucun document qui puisse nous permettre d'évaluer le commerce de l'or dans l'Empire du Mali. Il est du moins certain que le Soudan était d'un apport considérable dans les relations commerciales du monde musulman au Moyen Age. Les sources de l'or du Soudan et du Mali en particulier ont contribué à donner la suprématie aux Arabes en Méditerranée 62. C'est surtout avec le règne de Mansa Moussa que se répandit la légende d'un Soudan riche en or. On croit que le voyage d'Ibn Batouta en 1352 n'avait pour but autre que donner au Sultan du Maroc une idée sur la richesse du Mali, et, ce n'est pas un hasard si, à la fin du XVIe siècle le Maroc entreprend la conquête du Soudan. En dépit de la grande richesse de l'Empire en métal précieux, l'or ne semble pas avoir été frappé en monnaie (peut-être est-ce l'abondance du métal qui lui enleva toute valeur monétaire). En tout cas jusqu'à ce jour on n'a pas découvert d'atelier monétaire dans le Mali (il faut dire qu'il y a eu peu de fouilles). Le monopole que les souverains avaient sur l'or et toutes les productions minières peut l'expliquer aussi. Les dinars et les ducats venaient-ils du Maghreb et de l'Egypte ou bien ces pièces étaient-elles frappées à Mali ? Voilà ce que les auteurs arabes ne nous disent pas avec certitude. Le royaume musulman du Bornou (Est du Mali) avait ses ateliers monétaires. Pourtant il était au même degré d'organisation que le Mali. Seule une plus grande connaissance des centres urbains du Mali peut nous donner la réponse à cette question 63.

De la Capitale du Mali

Depuis un demi-siècle, le problème de l'emplacement de la capitale du Mali n'a cessé d'exercer la sagacité des chercheurs. Longtemps les auteurs arabes ont confondu la capitale du Mali avec celle du Ghana. Ibn Batouta qui a visité la fameuse capitale lui donne le nom de Mali. La ville des Mansa aurait-elle porté le même nom que l'Empire ? Au XVIe siècle, Mahmoud Kati, auteur du Tarikh el Fettach, parle de deux capitales : la première Djériba et la seconde Niani ; cette dernière a été identifiée avec la ville citée par Ibn Khaldoun qu'une mauvaise lecture de Slane fit traduire « Béni » au lieu de «Niani». C'est à Delafosse que nous devons cette heureuse rectification. Par une étude minutieuse des rares textes confrontés aux traditions du Vieux Manding, Vidal a pu affirmer que la capitale a toujours été au coeur du Manding primitif. Il ne fallait pas chercher ailleurs. Révisant ses premières affirmations, Delafosse rejoint Vidal 64. Mais une difficulté subsistait : on trouve au Manding plusieurs villages qui portent le nom de Djéliba ou Djoliba.

  1. Djéliba Koro au Sud de Siguiri.
  2. Djéliba entre Bamako et Kangaba ou Badougou Djéliba.
  3. Djéliba (simple hameau, dit Delafosse, en face de Kangaba et légèrement en amont. Je n'ai pas trouvé ce village, il n'existe pas de Djéliba en face de Kangaba).

Après Vidal, Delafosse aussi conclut que Djéliba-Koro fut la première capitale du Mali, que Niani fut capitale à partir de Soundjata seulement et que cette dernière ville fut ensuite abandonnée au profit de Djéliba (entre Bamako et Kangaba). Le problème n'était pas résolu malgré ces vastes investigations, ni Niani, ni les Djoliba n'ont révélé des ruines dignes d'une grande capitale ; aussi la question reste-t-elle pendante. De toute façon il est certain qu'il ne faut chercher ailleurs que dans le Vieux Manding. Une chose est certaine, Djéliba Koro au Sud de Siguiri n'a jamais été capitale, Les traditions de cette ville affirment qu'elle est une fondation tardive des Keita. Djéliba Koro est dans le Dioma. J'ai relaté plus haut l'histoire de l'établissement des Keita dans cette province. Au plus, cette ville n'a pu être fondée que vers 1400 au moment où, perdant les provinces orientales les Keita se rabattant vers le Sud-Ouest (Hamana et Dioma), Djéliba Koro, selon les traditions autochtones, a été fondée à la 6e génération après Soundjata (Voir notre tableau généalogique du Dioma 65). Un deuxième point est à peu près sûr : Djéliba ou Badougou Djéliba (entre Bamako et Kangaba) n'a pas non plus été une capitale à proprement parler. C'est sans doute de cette ville que parla le Tarikh el Fettach. D'après la tradition que j'ai recueillie à Kangaba on dit que Djéliba était une résidence des cadets de la famille impériale ainsi que Kangaba. Selon cette tradition, les Keita ne sont passés sur la rive gauche du Niger qu'après les guerres de Soundjata. Aboubakary I alias Mandé Bory, le frère de Soundjata résidait, dit-on, à Djéliba. Il régna de 1275-1285. Le Tarikh el Fettach a pu prendre Djéliba pour la capitale du Mali et son erreur s'explique en partie. Eliminons aussi Kangaba qui fut une résidence des cadets ; c'est là que résidait Mansa Souleymane, le frère de Hidji Mansa Moussa. Cette ville fut la dernière résidence des Keita après la désagrégation de l'Empire.

Où donc situer la capitale ?

Reste Niani, aujourd'hui bourg d'à peine 400 habitants sur le Sankarani à la hauteur de Siguiri. Niani qu'on appelle plus souvent Nianiba ou Nianimadougou selon toutes les traditions, a été la capitale primitive des Keita. La vallée du Sankarani jusqu'au confluent avec le Niger a été jadis la province des Keita. C'est là où se trouvent les villages les plus anciens des Keita : Figuéra Koro, Faraba Koro, Tigan. C'est cette vieille province que les Keita du Dioma vinrent délivrer de l'invasion peule au début du XVe siècle (Voir le chapitre sur la fin du XVe siècle). Selon les différentes traditions que j'ai pu entendre, Niani aurait été la première capitale des Keita. La ville fut détruite par Soumaoro et le premier soin de Soundjata après la défaite de son ennemi, fut de restaurer la ville. Dans les Notes Africaines (Juillet 1958) Maurice Montrat donne une explication du nom de Niani. Selon lui, ce nom viendrait du mot malinké Niani ma bori qui veut dire exil et que l'expression date de la fuite de Soundjata. Et de conclure que sans doute Niani est une ville créée en commémoration de cette fuite. Pour ma part, cette explication me semble contestable. On a trop tendance à donner une explication à tous les noms de lieu, c'est même un jeu en pays malinké. Ainsi les exemples de trois noms de ville: Kankan, Siguiri, Bamako. Voici comment on explique ces noms :

  • Kankan : (Ville fondée sur le « Kan » = (la parole), d'où « ville de la parole ».
  • Siguiri: (Ville fondée sur le « Si » = (la vie) d'où « ville de la vie ».
  • Bamako: (Ville fondée sur le « Bama » = le caïman) d'où « ville du caïman »

Toutes ces explications sont bien sûr une fantaisie, une sorte de calembour. On pourrait cependant croire que pour le cas de Niani l'explication semble plus sérieuse ; mais je pense que M. Maurice Montrat qui sait par ailleurs que Niani a existé avant Soundjata, ne donne cette explication que comme une hypothèse probable. Gaillard qui a fait l'étude topographique du site de Niani, le prend pour la véritable capitale du Mali 66. Le site est des plus beaux pour l'établissement d'une capitale, entouré de montagnes aux noms significatifs. Au Sud-Est s'étend la grande plaine rizicole du Sankarani, au Nord les collines de Bonkelen Kuru (colline à l'unique maison) — s'agirait-il d'un fort construit jadis en ce lieu ? — « Dawulen Kuru » (Montagne de la porte rouge) et le Niani Kourou ou Montagne de Niani, 431 mètres. Entre ces deux dernières montagnes se trouve la Porte Rouge ou « Dawulen ». Entre Dawulen Kuru et Bonkelen Kuru passe le Manding sila ou route du Manding, c'est la route qui conduit au coeur de la province. Que Niani ait été la capitale du Mali à un moment donné, personne ne peut en douter et les fouilles entreprises à Niani bien que peu avancées prouvent du moins l'importance qu'à pu avoir la ville. Des restes de forges, des fragments de poteries sont encore les seules trouvailles faites. Mais les tumulus qui avoisinent l'actuel village n'ont pas été explorés. Je n'ai pu me rendre jusqu'à Niani au cours de mon voyage d'études. C'était l'hivernage, les voies de communication étaient coupées par les crues du Niger. Mais à Djéliba Koro et à Kangaba, j'ai pu apprendre que Niani a été l'antique capitale. La grandeur de la ville commença avec Soundjata, le fondateur de l'Empire. Depuis Soundjata la ville a été plusieurs fois détruite. Avec les guerres de Samory à la fin du siècle dernier, les habitants de la ville s'enfuirent. La ville fut reconstruite vers 1877 plus au Nord de l'ancien établissement. Les malheurs de la ville expliquent sans doute le caractère décousu des informations que les chercheurs ont pu glaner à Niani. A cela s'ajoute le fait qu'on est peu loquace dans le Manding sur l'histoire de Niani et de Soundjata. C'est dans le Sankarani près de Niani que la tradition fait mourir Soundjata. On continue à faire des sacrifices sur les bords du fleuve en l'honneur de l'Empereur noyé. Le lieu des sacrifices et les rites sont entourés encore de mystère. Là se trouve une des clés de l'énigme du Manding. Au confluent du Niger et du Sankarani se trouvent des villages ou des ruines de villes peu connus. Dans sa Notice M. Maurice Montrat parle des ruines de Mali (Mali-Tombo ou Mali-les-Ruines); il dit que même à prix d'argent les autochtones n'indiquent pas l'emplacement de ces ruines. A Keyla, quand j'ai parlé de Niani et de Mali-Tombo, le traditionaliste (je préfère taire son nom) m'a dit que ce sont des choses à ne pas dévoiler. Il ne voulut rien me dire et j'ai pu vérifier moi-même ces paroles qu'on a dites à M. Maurice Montrat quand il a voulu en savoir plus long sur Mali-Tombo : « Ils (les Blancs) ne savent pas garder de secret; ils écrivent et publient tout ce qu'ils ont vu ou entendu. Celui qui leur montrera Mali-Tombo sera tué par les esprits qui ne pardonneront à personne de dévoiler le secret. Le jour de l'arrivée des Blancs à Mali sera la fin du monde. Le lieu sacré sera connu de tous les curieux qui viendront troubler le repos des esprits; ceux-ci se fâcheront alors et tourneront la terre; d'ailleurs tant pis pour l'imbécile qui servira de guide ». Voilà qui est bien des traditionalistes qui donnent souvent de fausses indications pour dérouter tout chercheur. Je tiens pour sûr que la capitale, la grande capitale du Mali se trouve entre Niani et le confluent Niger-Sankarani. En effet, l'entre-deux-fleuves (Niger- Sankarani) est parsemé de villages portant en apposition le mot Tombo (ruines en malinké). L'approche de ces ruines est considérée comme maléfique. Si Mali-Tombo existe, il faudrait chercher dans la « fourche » du Niger et du Sankarani. Je penche à croire que la ville que visita Ibn Batouta s'appelait effectivement Mali puisque les traditions du Manding parlent d'un Mali-Tombo. C'est en 1352 sous Mansa Souleymane que l'auteur arabe visita Mali. C'est donc qu'à cette époque Niani n'était plus la résidence des Mansa. L'auteur arabe n'eût pas manqué de nous donner le nom exact de la ville qu'il a visitée. Et ceci m'amène à dire que Niani a été abandonnée par les successeurs de Soundjata : Hidji Mansa Moussa, prince fastueux comme on le sait, a pu se faire construire une capitale digne de lui, Mali, où il a élevé sa fameuse maison à Coupole. J'ai rapporté par ailleurs que Mansa Moussa après son pèlerinage, selon les traditions du Dioma, aurait fondé plusieurs villes-résidences dont : Karanina, Bouroun-Kouna, Djedjefe. La ville de Mali ne serait-elle pas une de ces fondations que la tradition omet volontairement? J'ai fait également remarquer qu'aucune de ces villes de Mansa Moussa n'existe aujourd'hui, mais elles ne sont pas ailleurs que dans le Vieux Manding. Mali a dû être abandonné de bonne heure par les successeurs de Mansa Moussa. Il est très vraisemblable que les Keita du Dioma qui vinrent relever Niani aient abandonné Mali (fin XIVe siècle) au profit de la vieille capitale de l'Empire. Léon l'Africain qui a visité l'Empire au XVIe siècle parle de Niani et non de Mali, il visita la ville et estima sa population à 6.000 foyers 67. Mais le problème demeure puisqu'on n'a pas encore trouvé les ruines de Mali. Mon opinion est que Niani a été la seule capitale depuis Soundjata mais, les Empereurs après lui ont eu plusieurs résidences 68. Mali serait l'une des plus importantes sinon la plus importante de ces résidences et j'attribuerai volontiers sa fondation à Hidji Mansa Moussa. Puisque la tradition parle d'une vine du nom de Mali, je dis qu'Ibn Batouta n'a pas confondu le nom de la capitale avec celui de l'Empire; c'est bien une ville du nom de Mali que l'auteur arabe a visitée en 1352. Mali est à chercher comme dit M. Maurice Montrat « dans la fourche du Niger et du Sankarani » ; il faut remarquer que dans cette région existe un vinage du nom de Mali-Koura (Mali le neuf). Un plan de recherches systématiques doit conduire à un succès certain, car Mali n'existe pas ailleurs que dans le Manding 69.

(A suivre…)

L'Afrique a une histoire

Catherine Coquery-Vidrovitch


L’Afrique, continent d’origine de l’espèce humaine, a toujours été connectée 
au reste du globe. Elle lui a fourni l’or, la main-d’œuvre 
et les matières premières nécessaires aux mondialisations successives. Prenant le contre-pied de stéréotypes que l’on peut encore entendre ou lire, il faut rappeler que parmi celle de tous les continents, l’histoire de l’Afrique, « berceau de l’humanité », est de loin la plus ancienne. Et que les Africains peuvent se revendiquer, autant que les Européens, de l’héritage de l’Égypte pharaonique, apparue vers 4000 avant notre ère. Ajoutons que l’Afrique subsaharienne a eu des contacts avec le reste du monde dès cette époque, sauf avec… les Européens. Ceux-ci ne l’ont « découverte » qu’au XVe siècle !


L’or africain nourrissait 
le commerce mondial


Déjà avant l’islam, les Arabes parcourent les côtes longeant l’océan Indien, où la culture et la langue swahilies (de la famille linguistique bantoue, métissée de persan puis d’arabe) sont enracinées au XIIe siècle. Des expéditions chinoises abordent en Afrique orientale du XIVe au XVe siècle, jusqu’à ce que l’empereur de Chine interdise à ses sujets de naviguer. À Grand-Zimbabwe, cité connue par sa grandiose architecture de pierre mais disparue vers le milieu du XVe siècle (les Portugais n’arrivèrent là qu’un siècle plus tard), on a retrouvé de la porcelaine chinoise, échangée de relais en relais contre l’or offert par le pays.
De même, Hérodote, historien grec du Ve siècle avant notre ère qui résidait en Égypte, avait déjà entendu parler du « commerce muet » pratiqué entre Africains, pourvoyeurs d’or, et Phéniciens d’Afrique du Nord, offrant en échange le sel du désert. Ces circuits furent, avant les « grandes découvertes » européennes, les principales sources d’or mondiales. Ce métal était issu des mines du haut Sénégal et de la « côte de l’Or » la bien nommée, et au sud, du Zimbabwe. Ces deux pôles d’extraction approvisionnèrent en métal précieux le monde méditerranéen occidental comme celui de l’océan Indien.
L’or explique la grandeur des empires qui en contrôlaient le commerce : ainsi ceux qui se sont succédé le long des fleuves Sénégal et Niger, au débouché des pistes transsahariennes, du XIe au XVIe siècle : Ghana, Mali, Songhaï (ce dernier conquis par les Marocains qui pillèrent Tombouctou en 1591). On peut alléguer sans trop d’exagération que si Marco Polo, au XIIIe siècle, a pu monter une expédition jusqu’en Chine, c’est grâce à l’or africain transmis par les Arabes.
Mais les Africains l’ignoraient, eux pour qui une barre de sel avait autant de valeur qu’un lingot d’or : la végétation naturelle de leur subcontinent ne leur fournissait pas ce produit indispensable à la vie humaine. Certes, ils ont connu des empires dont les souverains tiraient leur richesse et leur pouvoir de leur rôle incontournable d’intermédiaires du commerce à longue distance. Ils en monopolisaient les échanges : or contre sel ou contre porcelaines et soieries, mais aussi sel contre fer (nécessaire à la fabrication de l’outil agricole de base, la houe, sorte de bêche à la lame recourbée fixée au bout d’un manche en bois), cuivre des empires Luba ou Lunda d’Afrique centrale. Mais la vie rurale produisait peu de surplus agricoles, compte tenu de terres dans l’ensemble peu fertiles, tantôt durcies par les sécheresses tropicales, tantôt lessivées et appauvries par les pluies de ruissellement de forêts équatoriales. À cela s’ajoutait une organisation sociale et culturelle fondée essentiellement sur la subsistance et sur le consensus.
Toutes les formes politiques ont cohabité dans cet immense continent, grand comme trois fois les États-Unis. Même dans les empires les plus hiérarchisés, l’organisation restait fondée sur les liens dits lignagers, reposant sur des échanges matrimoniaux complexes de famille à famille qui régulaient les relations sociales et politiques (ce que les ethnologues coloniaux ont appelé des ethnies). Dans un tel système, les femmes représentaient surtout des outils de labeur, appréciés aussi pour leur promesse d’enfants. Éleveurs dans les zones de sahel à très longue saison sèche, cultivateurs ailleurs, les Africains étaient organisés pour la subsistance plutôt que pour le profit, monopolisé et thésaurisé par quelques grands chefs.


 50 millions d’hommes enlevés au continent

Ceux-ci alternaient la guerre (pendant la saison sèche) et le commerce. Comme ils ont fourni au monde le métal précieux, ils allaient aussi, pendant des siècles, vendre une main-d’œuvre servile dans toutes les directions : vers la Méditerranée, du Xe au XXe siècle, quelque 6 à 10 millions d’esclaves (les évaluations, douteuses, varient du simple au double) auraient franchi le désert. Les deux tiers étaient des femmes, plus prisées que les mâles dans le monde musulman. Dans le même temps, quelque 4 à 5 millions seraient partis vers l’océan Indien, sans compter ceux utilisés sur place dans les plantations de clous de girofle, de sisal ou de cocotiers du sultanat de Zanzibar, qui culmina au XIXe siècle. Le sommet de l’exploitation humaine fut atteint lorsque s’y ajouta la traite atlantique, au bénéfice des puissances européennes. Son impact fut massif dans un temps plus ramassé, courant surtout du milieu de XVIIe siècle au milieu du XIXe siècle – le temps de l’essor des plantations de canne à sucre et de coton outre-Atlantique. C’est la traite atlantique qui fit, par principe, de l’esclave un Noir : « nègre » devint au XVIIIe siècle synonyme d’esclave, ce qui était loin d’être exclusif auparavant. Quelque 11 à 12 millions d’esclaves auraient débarqué aux Amériques. Si l’on compte un mort par esclave effectivement livré, cela fait monter le déficit total à quelque 50 millions d’êtres humains enlevés au continent.
Les Africains étaient sans prise sur le marché situé largement outre-mer, même si les sociétés internes connaissaient aussi l’esclavage. Car ces échanges intensifièrent le marché interne, si bien que traite et esclavage étaient devenus au XIXe siècle une sorte de production industrielle, intensifiée en Afrique même du fait de la fermeture du marché atlantique imposée par les Britanniques (1807-1815), devenue effective dans la seconde partie du siècle. Cette économie prédatrice contribue à rendre compte de la stagnation en longue durée de la population, estimée à 100 millions au début du XVIe siècle, soit environ 20 % de la population mondiale, et à 95 millions seulement à la fin du XIXe siècle. Entre les années 1880 et 1920, la conquête coloniale aurait coûté entre un tiers et la moitié de la population, moins du fait des combats que des effets induits, épidémies et épizooties dramatiques dues à l’introduction de maladies jusqu’alors inconnues (tuberculose, rougeole, et peste bovine qui décima les troupeaux à la base de la subsistance de nombreux peuples d’Afrique orientale) ou à l’extension de maladies anciennes auparavant localisées (maladie du sommeil mortelle jusque dans les années 1930 ou, repérée depuis le XVIIIe siècle au moins, variole). Au final, au milieu du XXe siècle, la part de l’Afrique dans la population mondiale avait chuté à quelque 9 %.
Le sous-continent, encore indépendant de l’Occident au XIXe siècle sauf en Afrique du Sud, occupée progressivement depuis le XVIIe siècle par les Néerlandais puis par les Britanniques, allait devenir pourvoyeur de matières premières pour la révolution industrielle naissante. Celle-ci était gourmande en oléagineux tropicaux (huiles de palme, d’arachide, de coprah), nécessaires à la huilerie des machines et à la fabrication de produits nouveaux : bougies, savon de Marseille. Furent aussi recherchés bois de teinture (rouge, jaune, noir), noix de kola, indigo nécessaires à l’industrie textile avant l’ère des colorants chimiques, sisal, enfin latex pour les pneus en caoutchouc de l’industrie automobile naissante. Bref, une fois encore, l’Afrique se trouvait par ses apports au centre du système productif mondialisé de l’époque, sans guère pouvoir agir sur le marché international.
Depuis la fin du XVe siècle, les Portugais puis les Néerlandais, alors principales puissances maritimes, avaient établi des stations (ou « forts ») sur les côtes où un noyau de négociants, de soldats et de missionnaires résidant devait s’attirer les bonnes grâces des chefs locaux tout en concurrençant leurs rivaux européens. Les Britanniques et les Français prirent le relais à partir du XVIIe siècle, chacun se réservant des zones d’influence. Ce fut le point de départ d’une hybridation culturelle intense (ou créolisation) dont la diffusion allait se poursuivre durant toute la période coloniale. Elle fut entièrement le fait des Africains eux-mêmes. Car sauf exceptions rarissimes (l’Écossais Mungo Park atteignit le fleuve Niger en 1795, le Français René Caillié entra à Tombouctou en 1828), les Européens ne pénétrèrent pas à l’intérieur du pays avant les années 1840, quand la quinine fut utilisée contre le paludisme qui jusqu’alors les fauchait comme des mouches.
La Conférence internationale de Berlin (1884-1885), organisée par les Européens pour éviter de se faire la guerre en Afrique, accéléra le processus : en quinze ans, l’ensemble des frontières actuelles fut à peu près défini, et l’Afrique entièrement colonisée, à deux exceptions près : le Liberia, créé par des missionnaires sudistes américains et devenu une petite république en 1844, et l’empire d’Éthiopie, qui résista aux Italiens (bataille d’Adoua, 1896).


 Les révoltés du désespoir

Compte tenu des théories « scientifiques » sur l’inégalité des races élaborées au XIXe siècle, les Occidentaux eurent beau jeu de justifier le partage de l’Afrique par l’apport des trois « C » (commerce, christianisme, civilisation) supposés libérer des peuples primitifs des atrocités de l’esclavage. Ils oubliaient que l’héritage des traites atlantiques avait contribué à en généraliser l’intensité sur le continent. Jusqu’à la Première Guerre mondiale au moins, la justification morale de la colonisation parut aller de soi, sans que l’on éprouvât le besoin de mesures concrètes sociales et sanitaires. Dans l’optique du temps qui ignorait la notion d’« aide au sous-développement » née seulement après la Seconde Guerre mondiale, c’est l’outre-mer qui devait rapporter à la métropole et non le contraire.
Le résultat fut une exploitation prédatrice. L’économie minière concerna le diamant et l’or d’Afrique du Sud (découvert en 1886), le cuivre du Congo belge et du Copperbelt zambien, le diamant du Congo (Kasaï). Le turnover rapide de la main-d’œuvre visait à éviter au maximum la « prolétarisation » des travailleurs tout juste tolérés en ville. Le syndicalisme commença néanmoins de se développer à partir des années 1930. En AOF*, le gouvernement du Front populaire innova en l’autorisant en 1936. En Afrique intertropicale continuait de dominer l’échange de biens manufacturés importés contre des biens agricoles primaires d’exportation, fournis par les paysans dans le cadre d’une production villageoise inchangée. Impôt par tête, travail forcé et cultures obligatoires furent les chevilles ouvrières de l’économie d’exportation. La rareté, l’éloignement, l’incapacité de produire le même objet faisaient que les paysans étaient prêts à fournir, pour l’obtenir, une somme de travail infiniment plus élevée que son équivalent en Europe. Le commerce d’import-export fut monopolisé par les firmes expatriées : Lever (devenu Unilever en 1928), la Compagnie française d’Afrique occidentale (CFAO, 1887), la Société commerciale de l’Ouest africain (SCOA, 1899).
Des révoltes du désespoir traduisirent le refus de se plier aux exigences nouvelles. Les opérations de répression affolèrent les populations massacrées par dizaines, voire par milliers (génocide des Herreros dans la colonie allemande du Sud-Ouest africain, actuelle Namibie, de 1904 à 1907). Le désarroi qui s’ensuivit explique l’adhésion massive aux religions nouvelles : d’où, à partir de la Première Guerre mondiale, l’épanouissement d’Églises « noires » évangélistes et messianiques, comme l’adventisme du 7e jour importé des États-Unis, le kimbanguisme au Congo belge (devenue la deuxième Église chrétienne d’Afrique) ou le harrisme en Côte d’Ivoire.


 Une si extraordinaire diversité et richesse

Certes, il y eut progrès de l’économie monétaire avec l’essor d’un salariat devenu peu à peu volontaire car nécessaire. Mais l’effondrement de la grande crise économique de 1929 obligea les métropoles à réviser leurs méthodes de colonisation : pour l’Afrique intertropicale, le retard pris était énorme. La Seconde Guerre mondiale joua un rôle majeur d’ouverture (comme l’avait déjà fait la Première pour les « tirailleurs » mobilisés dans les tranchées). Les idéologies étrangères, jusqu’alors interdites par la censure, se répandirent comme une traînée de poudre, ainsi du principe de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes posé par la Charte de l’Atlantique en 1941. La Conférence de Brazzaville organisée par le général De Gaulle en 1944 préfigura la création du Fonds d’investissement et de développement économique et social (Fides) en 1946, devenu à l’indépendance le Fonds d’aide et de coopération (Fac). L’adoption d’une politique sanitaire de prévention (et de vaccination) enclencha le boom démographique des années 1950-1960. La classe moyenne, plus nombreuse en Afrique britannique où l’on forma davantage de techniciens, reçut progressivement le droit de vote (devenu universel en AOF en 1956) et prit le pas sur les autorités coutumières pour gérer les premières institutions sociales (welfare associations, sociétés de prévoyance, etc.). Elle fournit les cadres des trade unions et des partis politiques. Cette « élite moderne » fut à l’origine de nouveaux mouvements de résistance, qui prirent la forme de boycotts et de grèves. En AOF, le Rassemblement démocratique africain (RDA) s’organisa en 1947, comme le Convention People Party de Gold Coast en 1944, etc. Tout en utilisant parfois des formes archaïques (références ethniques ou religieuses néotraditionnelles), ils exprimèrent une opposition moderne militante à l’exploitation coloniale, quitte à se retrouver, à l’indépendance, déchirés par des rivalités internes visant à l’hégémonie politique.
À considérer le très long terme, on saisit à quel point la colonisation fut brève – moins d’un siècle, exception faite de l’Algérie et de l’Afrique du Sud –, et le temps de l’indépendance plus bref encore – elle est aujourd’hui vieille d’à peine deux générations. Les incidences politiques et culturelles qui découlent de ces deux événements sont à replacer dans leur profondeur historique. L’historien n’a pas à juger. Il doit juste chercher à comprendre, face à un continent si vivant, où il en est aujourd’hui et pourquoi le futur est encore indécis, compte tenu d’héritages d’une si extraordinaire diversité et richesse. 

 

ACTUALITES

 

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système

 

 

L’affaire du verger de Wendyam Yaméogo a fini par emporter le maire de Koudougou. Il a été suspendu le 14 octobre dernier pour trois mois par le ministère en charge de l’Administration territoriale et de la décentralisation. Lâché par les siens. C’est le moins qu’on puisse dire face à ce qui arrive à Seydou Zagré. Il a voulu rendre service à des dignitaires du régime en leur octroyant (sans qu’ils n’en aient fait la demande, dit-on) de grandes surfaces à Koudougou après le déclassement du verger. Finalement, c’est une affaire qui s’est retournée contre lui et il doit en supporter tout seul les conséquences. Le contexte actuel du Burkina y est certainement pour quelque chose et encore plus quand on sait que la crise sociopolitique a eu comme point de départ les manifestations scolaires à Koudougou. Une fois de plus, c’est une affaire de parcelle qui tourne au vinaigre et fait sauter un fusible. Et cela vient rappeler malheureusement le triste visage de la décentralisation au Burkina. En effet, certains maires se sont fait élire non pas pour contribuer à asseoir le développement local, mais pour lotir leurs communes et se faire du fric. De fait, ils se transforment en agents immobiliers qui vendent les terres au plus offrant mais aussi font des cadeaux à leurs amis et à leurs protecteurs. La manœuvre vaut bien la peine parce qu’en cas de difficulté de gestion des parcelles, il faut avoir des gourous pour plaider sa cause. Vraisemblablement, le maire de Boulmiougou, Séraphine Ouédraogo, en est un exemple éloquent. Pendant des années, les citoyens ont marché pour dénoncer la gestion calamiteuse des parcelles. Mais, cela ne l’a pas inquiétée pour autant parce qu’elle avait sûrement des appuis conséquents en haut lieu. C’est pourquoi la décision de suspendre les lotissements était une bonne chose en soi, quoique les dignitaires du régime en soient toujours bénéficiaires. Avec cette affaire de verger, il est temps d’aller plus loin dans les investigations afin de faire le point sur tous les déclassements opérés. Cela permettra de savoir si dans d’autres communes, des personnes influentes, politiquement ou économiquement, ne se sont pas taillé de grandes superficies de façon illégale. Et, de toute façon, ceux qui dirigent le Burkina Faso peuvent difficilement nous convaincre de leur bonne foi en matière de bonne gouvernance. « Le poisson pourrit toujours par la tête », dit-on. Peut-être que le maire de Koudougou n’aurait pas été suspendu et les dignitaires auraient bénéficié de leurs superficies sans problème, si le Burkina n’avait pas connu sa dernière crise sociopolitique. C’est donc tout le système qui doit se remettre en cause et malheureusement, il procède toujours par des victimes expiatoires pour redorer son blason. C’est en Conseil de ministres que la décision de déclassement a été prise. Même si le gouvernement estime qu’il a été floué, il n’en demeure pas moins que cela a requis un avis technique. Les coupables dans cette affaire sont donc connus et le maire de Koudougou ne doit pas être le seul à payer. En attendant, il est le mouton du sacrifice.

SIDZABDA - Le Pays

22 Messages de forum

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 03:43, par Koutou

Je suis d’accord avec l’analyse de Sidzabda mais la conclusion aurait pu être meilleure. En effet, selon les éléments relatés par la presse surtout L’Evenement, on peut dire que le maire a menti lors de la demande de déclassement puisqu’il a prétexté la nécessité de satisfaire la forte demande de parcelles par la population. Donc sans être un spécialiste du domaine, je me dis que si avis technique il y a, il sera basé entre autres sur la bonne foi du Maire qui en fait savait bien ce qu’il voulait faire. Par contre, l’un des problèmes majeurs est que Tertius lui-même a signé l’autorisation de déclassement pour se voir octroyer (avec son frère) des superficies énormes sur le domaine ainsi déclassé et avait même commencé à y construire. De plus, même si les attributaires disent n’avoir pas été demandeurs, il n’empêche qu’à ce qu’on sache, ils n’ont pas refusé. Or la loi leur interdit ce genre de choses dans l’exercice de leur fonction. C’est en cela qu’ils doivent répondre au moins de tentative d’abus de biens sociaux. Et là je suis d’accord avec Sidzabda que la simple suspension de Zagré est vraiment de "l’enfarinade" vis à vis du peuple. Mais bon, il y a moins d’un an on n’aurait même pas eu droit à cette petite suspension.

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 05:04

C’est ainsi que ça se passe au pays des hommes prétendument intègres gangréné si je peux m’exprimer ainsi par une sorte de corruptions humiliantes de nos gouvernants envers les gouvernés car ces histoires de lotissements sont tout à fait édifiantes et révélatrices du pourrissement de la situation. Car pourquoi le simple citoyen lambda ne se sentira pas humilié quand on a vu des maires déboulés de nulle part sur des motocyclettes pourries et en l’espace de quelques années se retrouvent à la tête d’une fortune personnelle très conséquente comme : des voitures rutilantes qui nous envoient une trainée de grosse poussière au visage à chacune de leur passage des villas cossues aux bunkers sans oublié ce qu’il y a sur les comptes en banque Alors qu’on nous explique comment chacun pris individuellement, pourra nous justifier les origines de sa forfaiture En vérité, c’est tout un système qu’il faudra sanctionner au lieu de faire de la cosmétique judiciaire pour faire croire aux gens que tout va

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 06:23, par Nomyidin

Un bref coup d’oeil du côté des arrondissements de la Commune de Ouagadougou révéleront à coup sûr des situations similaires : Sig-noghin et Nongremassom surtout ; il y a beaucoup de choses pas du tout claires dans ces deux arrondissements. On rencontre dans ces arrondissements "des dépouilleurs" des populations qui excellent par leur arrogance, leur train de vie ; ils y en même qui gèrent des harems.

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 09:31, par Razak

S’il vous plait arrêter de prendre les citoyens pour des idiots. Comment peut on etre attributaire d’une parcelle sans etre demandeur ? Au Burkina Fas le prealable pour etre attribuitaire est de deposer une demande accompagnée d’une piece d’etat civil. Tous les bonzes qui ont leurs noms sur la liste ont surement fait cette demande. C est tout.

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 09:37, par Mme Zongo

Cette operation de nettoyage doit se poursuivre dans toutes les communes. On nous rabache tous les jours que le nombre de demandeurs de parcelles est superieur au nombre de parcelles disponibles.C est toujours trs facile de se defendre ainsi. La verité c’est qu on donne en priorrité à ceux qui n ’ont pas demandé. l’operation main propre doit se poursuivre egalement a Bogodogo, Nongr- massom. et certaines villes de l’interieur (Bobo, Ouahigouya et Kaya) ou des choses floues se sont passées.
Qu’on nous dise egalement ou on en est avec les investigations de Boulmiougou. C est tout ca la transparence.

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 10:16, par SID

bonjour c’est pour plus de démocratie et de clarté que je tire l’attention sur les lottissement au niveau des chef lieu de province où des gourous ce sont accaparés de terre au détriment des habitants qui voient leur demande rejetée .Cependant l’espace destiné à leur lotissement est d’attribution à des particuliers. Ce problème est une réalité du còté de lorum.

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 10:33, par Metapri

Au Burkina nous avons l’art de traiter les problèmes de façon superficielle, le mal n’est jamais vaincu à la racine. L’article pose les fondements d’une analyse critique quand à la gestion de la chose publique. Un gouvernement sérieux ne prendrait pas un acte administratif important sans se prémunir d’un minimum d’informations. Malheureusement, c’est le mode opératoire qui sied et cela dur des lustres. Pauvre de nous, que Dieu nous vienne en aide, sinon ?

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 10:43, par LOLA

Très bonne analyse car si le conseil des ministres se laisse floué à chaque détour de dossier qu’on lui soumet, autant le dire, nous sommes tous en danger. Comment après coup, le Gouvernement peut se rappeler qu’il n’avait pas les bonnes informations ? Qu’il se donne les moyens (et il en a) d’avoir ces informations avant de donner son feu vert. En tout cas dans le cas présent, le mobile de la décision est à chercher à ailleurs sinon c’est l’aveu d’un gouvernement qui traite avec légèreté les dossiers du Faso. Oui pour les mesures visant l’instauration de la bonne gouvernance, mais pas en usant des stratégies dignes de la mal-gouvernance.

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 11:42, par DJELIBA

Toutes ces hautes personnalités citées dans cette affaire de verger parcellé doivent répondre de leur forfaiture. Sachant qu’elles n’ont fait aucune demande de parcelles à KDG et accepter de se voir attribuer de grandes superficies relève d la concussion. Parce que c’est chaud maintenant, alors les pasteur SAYE ZERBO et compagnie se rétractent et laissent le seul maire face à son problème.
La justice du BURKINA doit LLER jusqu’au bout en remettant le verger à son propriétaire, au lieu d’en faire un usage publique, sanctionner les bénéficiaires indélicats habitués à la corruption et aux facilités.Sinon qu’attendait le maire ZAGRE de sa bienveillance à l’égard de ces bénéficiaires ? LA RECONNAISSANCE par une quelconque promotion...DIEU SAUVE LE BURKINA

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 11:42, par warba

Il reste à la justice de s’autosaisir de ce cas de détournement et de mal gouvernance pour mettre en examen et inculper le maire et les dignitaires bénéficiaires indus des grandes parcelles du verger c-à-dire le maire et ses complices. C’est un cas flagrant et le peuple vous regarde et vous devez donner la preuve de l’indépendance de la justice et de la lutte contre la corruption sous toutes ses formes.

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 12:23

Mr Warba tu vis où ?Nous ne sommes pas dans un Etat de droit avec une justice indépendante comme on le voit en Europe où la justice peut s’autosaisir. Alors les apparats de la magistrature, l’appareil judiciaire et ses procédures ne sont que les symboles de notre simple désir d’être justes mais ils ne signifient pas la JUSTICE au Faso

MAIRIE DE KOUDOUGOU : Zagré, une victime expiatoire du système 18 octobre 14:43, par Le Peuple

Est-ce que la justice même est propre ? Je connais des magistrat qui font pire que Saydou ZAGRE. Que Dieu Sauve le Burkina

ECONOMIE

La dangereuse spéculation autour des brevets

Le monde croule sous les dépôts de brevet. Ce qui pourrait être une bonne nouvelle est en réalité le reflet du nouveau statut du brevet, devenu, plus qu'une arme économique, un véritable instrument financier.

 

 

- Avalanche / Wetsun via FlickrCC License by -

 

Il fut un temps où l'aura technologique d'un pays se mesurait au nombre des brevets déposés par ses ressortissants. C'était l'époque, du reste, où l'INPI, l'institut national de la propriété industrielle, incitait les chercheurs français à protéger, bien plus systématiquement, leurs innovations. Aujourd'hui, l'OCDE tire au contraire la sonnette d'alarme: le monde croule sous une quantité impressionnante de brevets dont la qualité ne cesse de se dégrader. Chaque année, près de 1,9 million de demandes de brevets sont déposées dans le monde! Dont, logiquement, un nombre croissant dans les Brics (Chine notamment) et les pays nordiques. Mais cette augmentation n'est pas seulement un signe de bonne santé technologique: elle reflète surtout le nouveau statut du brevet, devenu, plus qu'une arme économique, un véritable instrument financier. Ainsi, note l'OCDE, «l’empressement à protéger des améliorations même mineures de produits ou de services engorge les bureaux des brevets». Leur examen prend du coup de plus en plus de temps, ce qui nuit aussi aux véritables innovations, dont la mise sur le marché se trouve retardée. Et au final, la qualité des brevets diminue: selon les experts de l'OCDE, elle aurait baissé d'en moyenne 20% entre les années 1990 et les années 2000. Car le brevet constitue désormais un véritable placement. Quelques transactions récentes en témoignent: un consortium comprenant Apple, Microsoft et RIM (Blackberry) a ainsi déboursé 4,5 milliards de dollars pour racheter, à la barbe de Google, 6.000 brevets de l'ex-équipementier télécom canadien Nortel. Soit 750.000 dollars le brevet (environ 548.000 euros)...

Lequel Google reprenait un peu plus tard pour la bagatelle de 12,5 milliards de dollars les 17.000 brevets de Motorola, l'un des précurseurs des téléphones mobiles. Là encore, le prix moyen du brevet dépasse les 735.000 dollars.

De grands industriels qui n'innovent pas

De quoi redonner un peu d'optimisme aux actionnaires de Nokia, qui connaît actuellement un véritable trou d'air: avec ses quelque 30.000 brevets et demandes de brevets, la propriété intellectuelle du Finlandais se trouve ainsi valorisée à une bonne vingtaine de milliards de dollars. Mais ces transactions record constituent une bien mauvaise nouvelle pour les «vrais» innovateurs. Et surtout les PME tentées par le marché mondial. Car pourquoi ces géants de la high-tech dépensent-ils tant d'argent? Qui achète des brevets à un tel prix se trouve, fort logiquement, contraint de les valoriser en conséquence. Ce que la plupart des grands industriels innovants n'ont, en réalité, jamais fait: Nokia, par exemple, a souvent affirmé qu'il dépensait presque plus en propriété industrielle qu'il n'engrangeait de revenus. Car ses brevets lui servaient surtout à contrôler des technologies clés lui permettant de lancer des produits innovants avant ses concurrents. Pour le reste, les Nokia, Motorola, et autres Ericsson, ont (presque) toujours accepté de négocier entre eux des accords de licences réciproques, leur permettant de développer des téléphones dont le standard serait reconnu partout dans le monde. C'est d'ailleurs cette mise en commun des brevets pour des sommes réputées «raisonnables» qui a fait le succès mondial du GSM. Et ensuite permis de populariser des téléphones regorgeant de technologies (et donc de brevets): GSM, UMTS, Bluetooth, WiFi, etc. Mais aujourd'hui, l'industrie a changé de structure: depuis une bonne décennie, ce sont les licences de ses brevets qui assurent la survie de Technicolor –ex-Thomson multimédia– dont les autres activités vivotent. Quant aux Apple ou autres Google, ils ne produisent quasiment rien eux-mêmes. Dans ces conditions, les brevets peuvent servir à verrouiller leurs inventions –et à en exclure leurs concurrents. Ou, peut-être, tout simplement, à engranger des revenus supplémentaires.

Leur métier? Acheter des brevets

Le succès ces quinze dernières années des «trolls de brevets» leur montre en tous cas la voie! Les «patent trolls» sont des sociétés dont le concept, né aux Etats-Unis, est très simple: elles achètent, ou, tout simplement, prennent en dépôt –auprès de particuliers, d'universités, ou de PME– des brevets. Qu'importe leur qualité: elles intentent systématiquement des actions en contrefaçon aux industriels susceptibles d'utiliser l'un d'entre eux. Elles-mêmes ne réalisent aucune R&D, et n'ont aucune activité de valorisation de leurs brevets.  L'essentiel de leur personnel est du reste constitué de juristes! Quant à leurs avocats, généralement rémunérés en cas de succès de la procédure, ils ne leur coûtent pas grand-chose. Ces trolls ont à leur actifs quelques beaux succès financiers: il y a quelques années, le canadien RIM (inventeur du Blackberry) avait ainsi dû débourser 512 millions de dollars pour échapper aux tentacules de la société Network Technology Partners. Apple s'est lui retrouvé piégé par un certain Mirror Worlds –réussissant toutefois à faire infirmer une condamnation de quelque 600 millions de dollars–, tandis que Nokia s'est longtemps battu contre Interdigital, et Microsoft contre Acacia Research... Mais combien de PME n'ont pas les moyens de se livrer à d'éprouvantes –et fort coûteuses– batailles judiriques? L'inflation des brevets est décidément pour elles de funeste augure....

Catherine Bernard 

SANTE

Le tabac : comment s'en débarrasser ?

Nicolas Journet


Profondément inscrit 
dans les mœurs modernes, 
le tabac n’est pas une drogue comme les autres : l’annonce de sa toxicité n’a pas provoqué de panique salutaire. Lutter contre cette addiction mobilise donc de multiples moyens. Qu’il semble loin le temps où un homme public comme Winston Churchill, interrogé sur son extraordinaire capacité à surmonter les maladies, répondit que « les cigares asphyxient les microbes ». Le tabac, cette plante venue des Amériques au XVIe siècle et considérée d’abord comme un remède contre les maux de tête ou les nausées, est aujourd’hui l’ennemi numéro 1 des services de santé des pays développés et de L’Organisation mondiale de la santé (OMS). 
Comment expliquer qu’un produit dont l’usage, au XXe siècle, était devenu aussi courant et anodin que celui du thé ou du café se convertisse en un fléau à combattre ? 


Un danger bien mal combattu

À la différence d’autres produits excitants ou psychotropes comme la cocaïne, le cannabis ou l’alcool, le tabac, absorbé en quantité raisonnable, n’affecte pas le comportement du consommateur. Ses effets négatifs sont lents, liés au mode d’absorption autant qu’au produit lui-même, et parfois se manifestent bien après que le fumeur a renoncé à son habitude. Il fallait donc, pour les attester, mettre en œuvre des moyens importants : c’est ce que trois médecins britanniques (Richard Doll, Bradford Hill et Richard Peto) firent, à partir des années 1950, en lançant une étude suivie des habitudes tabagiques et des causes de décès chez leurs 35 000 collègues médecins. Rapidement, une évidence s’imposa : celle d’une prévalence énorme des cas de cancer du poumon chez les fumeurs de cigarettes. Vingt ans plus tard, les résultats montraient que les fumeurs mouraient en moyenne dix ans plus tôt que les autres, pour toutes sortes de causes, notamment cardio-vasculaires et pulmonaires. Discutées bien sûr, vivement mises en doute par les industriels cigarettiers, mais aussi largement diffusées dans la presse, et confirmées par d’autres études, ces preuves des effets mortifères du tabac (60 000 morts par an en France, 650 000 pour l’Europe) n’ont cependant pas eu d’effet immédiat sur la population des fumeurs (plus florissante que jamais dans les années 1970), ni provoqué de changement massif dans les politiques publiques. Du moins, pas dans l’immédiat. Pourquoi ? Revenons au présent et considérons les effets, de nos jours, d’une simple annonce de contamination, ou même de risque sanitaire inconnu lié à un produit de consommation courante : en quelques jours, le marché de la viande de bœuf ou des fruits et légumes s’effondre, et celui des OGM n’ose même pas exister. Pourquoi le tabac n’a-t-il pas déclenché la même réaction de panique, la même mobilisation publique ? Plusieurs raisons sont évoquées par les spécialistes : l’inertie du fumeur face à un risque finalement assez lointain, les contre-feux sceptiques allumés par les industriels du tabac, le manque de motivation des États attachés à des recettes fiscales importantes, et, last but not least, le caractère addictif de la tabagie. 


Stopper le tabac: quelle galère!

Chacun de ces points mériterait de longs développements mais le dernier, à lui seul, peut expliquer bien des choses. Dans les sondages régulièrement publiés, 70 à 80 % des fumeurs interrogés déclarent avoir l’intention d’arrêter. Selon une étude Eurobaromètre de 2010, un tiers des fumeurs fait, chaque année, une tentative dans ce sens. Chaque jour en France, 2 000 personnes prennent cette décision. Un an plus tard, seuls 15 % d’entre eux ont tenu le coup… Les chiffres sont éloquents : il n’est pas facile de renoncer au tabac (1). Or, le tabac, à la différence d’autres substances, ne procure ni sensations de plaisir irrésistibles, ni euphorie (comme l’alcool), ni anesthésie (comme les opiacés). L’addiction est liée à deux phénomènes : la sensation de manque, et la tolérance, c’est-à-dire la tendance à augmenter les doses dans des proportions d’abord perçues comme désagréables. Or le tabac satisfait à ces conditions pour des raisons qui, jusqu’à présent, restent très discutées. Isolée dès le XIXe siècle, l’une des substances actives présentes dans le tabac est la fameuse nicotine. La nicotine est un puissant poison : introduite directement dans le système sanguin d’un petit mammifère, elle le tue en quelques minutes. Son action sur le cerveau, elle, n’a été vraiment étudiée de près qu’au XXe siècle, notamment par Jean-Pierre Changeux. En 1970, son laboratoire identifiait chimiquement certains récepteurs de l’acétylcholine (un neurotransmetteur présent dans le système nerveux) comme étant des récepteurs nicotiniques, et plus tard les localisait dans une zone centrale du cerveau également impliquée dans nos performances cognitives, via la dopamine. Avait-on pour autant identifié le responsable de l’addiction ? Pas vraiment, car il existe plusieurs motifs de s’interroger sur son rôle. Tout d’abord, l’histoire des usages du tabac. Comme le rappelle Philippe Descola (2), les Amérindiens qui font un usage traditionnel, rituel ou curatif du tabac absorbent parfois des doses massives de nicotine, mais ne connaissent pas l’addiction quotidienne, ni le manque. Ceux qui, en revanche, ont appris à fumer des cigarettes au XXe siècle deviennent facilement dépendants. L’histoire du tabac en Occident va dans le même sens : jusqu’au développement, au XIXe siècle, des manufactures de cigarettes, il n’a guère été question de dépendance au tabac, sans que l’on puisse évidemment affirmer qu’elle n’existait pas. Les raisons que l’on invoquait pour en condamner l’usage étaient religieuses, morales, esthétiques ou liées aux risques d’incendie. Troisième élément, enfin, de découverte plus récente : chez l’homme, l’administration de nicotine pure n’est pas un substitut très efficace : 16 % seulement des utilisateurs de patchs ou de gommes parviennent à un sevrage durable…
Aussi, certains chercheurs comme Jean-Pol Tassin se sont penchés sur l’analyse de l’ensemble des substances que dégage la combustion des cigarettes industrielles. Elles contiennent en particuliers des sucres (introduits pour des raisons de saveur) qui en brûlant dégagent de l’acétaldéhyde, lequel est un puissant antidépresseur de type IMAO. C’est pourquoi, selon lui, l’addiction au tabac n’est pas seulement « nicotinique » mais une forme de toxicomanie induite par l’association de diverses substances présentes dans les cigarettes et les tabacs préparés, obtenant un effet addictif comparable à celui d’autres drogues, comme les opiacés. Pour lui, donc, les substituts nicotiniques ne sont que des placebos, et la recherche devrait s’orienter vers d’autres modèles chimiques. Suffirait-il de produire des cigarettes sans additifs sucrés ? Rien n’est moins sûr car, selon lui le mécanisme un fois enclenché, est définitif : le fumeur vivra toujours avec son manque. Dans ces conditions, en l’attente d’un remède souverain, la lutte contre le tabagisme passe par bien d’autres moyens, la dissuasion de jamais y goûter étant, sans aucun doute, le meilleur à long terme. 


 Dénormalisation du tabac

Mais comment obtenir qu’une habitude aussi tenace et socialement acceptée, sinon même valorisée, soit abandonnée ? La tâche n’était pas facile, et ne manquait pas d’ennemis : la vaste industrie cigarettière avait atteint une sorte de perfection dans l’art de persuader un très vaste public que d’avoir une Lucky Strike ou une Marlboro négligemment coincée entre les lèvres pouvait faire de vous un personnage distingué ou une femme émancipée. Le tout via des films, des romans et des affiches qu’aujourd’hui l’on redécouvre avec stupeur. Première mesure donc, prise par les pouvoirs publics : casser l’image du fumeur. La décennie des années 1970 verra ainsi les premières limites s’imposer à la publicité télévisée pour le tabac. Les mesures sérieuses prendront du temps à se mettre en place : en 1991, la loi Évin rend effective la lutte contre la publicité et impose les mises en garde contre la morbidité du produit. En 1994, un pas supplémentaire est franchi. Le rapport des experts du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) n’y va pas avec le dos de la cuiller : il classe le tabac en tête des substances addictives, loin devant le cannabis… Malgré les protestations, un processus est en marche : celui de classement du tabac parmi les drogues et, par voie de conséquence, de ses usagers parmi les toxicomanes. C’est ce que, en 2010, le professeur Tubiana nomme la « dénormalisation » du tabac, qui vise, au-delà des risques individuels et collectifs que comporte sa consommation, à disqualifier l’image du fumeur : d’« amateur de bonnes choses » et de personne « active », il devient l’esclave passif d’un vice qu’il abandonnera d’autant plus facilement qu’il en a honte. Mais ce n’est pas tout. La lutte contre le tabac disposait d’une autre arme qui, elle aussi, a mis du temps à entrer en service. Les dangers du tabagisme passif, c’est-à-dire les risques médicaux encourus par l’entourage des fumeurs (et pas simplement la gêne causée par la fumée), ont été dénoncés dès les années 1980 par le chercheur japonais Takeshi Hirayama. Enrichies par de nombreux autres rapports, ces études ont été le levier pour que de nombreux États européens adoptent, dans la décennie 2000, des mesures d’interdiction totale de fumer dans les lieux accessibles au public et ceux de travail, sans soulever de véritable opposition chez les fumeurs. 


Troisième moyen, enfin, de lutte contre le tabagisme : la hausse des prix. L’industrie cigarettière ne devait pas son succès seulement à la publicité, mais au fait que le tabac était bon marché. En France, par exemple, entre 1950 et 1975, son coût relatif n’avait fait que diminuer (30 % en 25 ans) et son marché s’élargir, à la satisfaction de l’État percepteur de taxes. En 1976, changement de cap, le prix du paquet entame une lente ascension, qui deviendra, après 1991, une brusque escalade à but dissuasif. Sur demande du ministère de la Santé, le tabac ne figure plus dans le « panier de la ménagère », et son prix n’aura donc plus d’incidence sur le calcul du coût de la vie : il double entre 1991 et 2001. Tous les experts sont d’accord : l’action sur le prix du tabac est l’une des mesures le plus efficaces pour faire baisser les ventes régulières. Mais aussi pour susciter un marché noir difficile à évaluer… C’est cependant le second motif invoqué par les fumeurs pour décider d’arrêter, après la peur de la maladie. 


 Une industrie trop puissante?

Viendra-t-on à bout de l’addiction au tabac ? Les chiffres des quatre dernières décennies montrent une nette érosion du contingent des fumeurs déclarés : en 1974, ils représentaient 43 % de la population française, ils ne sont plus aujourd’hui que 33 % (un chiffre très proche de la moyenne européenne). Mais on assiste aussi à de singulières rechutes : chez les femmes, la proportion est passée dans le même temps de 28 à 30 %, signe de ce que l’image positive du tabac n’a pas été gravement entamée par son classement dans les drogues reconnues. Acclimaté depuis quatre siècles, le tabac, même reconnu comme un fléau, n’est en effet pas une drogue comme les autres. Il a ses défenseurs. Comme le proclamait un rapport de l’OMS il y a quelque temps déjà, « le tabac est différent des autres menaces globales de santé publique. Il n’existe pas de groupe d’activistes qui promeuve l’expansion du choléra, pas de lobby défendant les moustiques. Les faits et les preuves présentés ici montrent que le tabac est un cas à part, et que pour combattre le fardeau qu’il représente en termes de santé publique, il ne sera pas suffisant de comprendre l’addiction et de soigner des maladies, mais il faudra de façon tout aussi cruciale venir à bout d’une industrie déterminée et puissante (3). » Mais cela est une autre histoire...

 NOTES :

(1) Special Eurobarometer 332, 72.3, « Tobacco », mai 2010 (ec.europa.eu/public_opinion/archives/ebs/ebs_332_en.pdf)

(2) Entretien avec Philippe Descola
, La Lettre du Collège de France, hors-série, février 2010. 

(3) Cité par Marc Kirsch, Lettre du Collège de France, op. cit.

 

Le salut par la vapeur ?


Parmi les solutions s’offrant au fumeur qui souhaite préserver sa santé et éventuellement celle des autres sans renoncer au tabac, on peut rappeler que la chique et la prise nasale sont des alternatives classiques à la cigarette, courantes au XIXe siècle. Avantage : pas de combustion et donc pas de CO2 ni de goudron dans les bronches. Mais le problème est ailleurs : une étude suisse de 2009 (1) rappelle que ces procédés comportent des risques reconnus de cancer de la bouche, du nez et du pancréas. En outre, les produits adaptés à cet usage (comme le snuff ou le snus) sont, pour une raison obscure, interdits à la vente en Europe, sauf en Suède, où ils sont couramment consommés. Le narguilé (ou chicha) est une pipe à eau qui jouit, auprès de certains jeunes fumeurs, d’une réputation d’innocuité. Totalement fausse : selon l’étude, malgré son goût plus suave, la fumée du narguilé contient les mêmes poisons que celle d’une pipe courante, et même un peu plus, en raison de la faible température de combustion du tabac. Aucun bénéfice sanitaire ne peut en être attendu, hormis peut-être, du fait de la complexité de l’appareil, l’espacement des prises. Reste enfin l’arme dernier cri : la cigarette électronique, qui ne produit ni CO2 ni goudrons. Elle ne contient pas de tabac, mais permet d’inhaler de la nicotine pure mêlée de vapeur d’eau. A priori, elle est sans grand reproche, hormis un risque d’irritation dû au propylène glycol contenu dans la vapeur. Mais ses effets à long terme sont complètement inconnus. En attendant, il y a peu de chance qu’elle remplace cigares et cigarettes. Les sondages effectués montrent qu’elle sert surtout, chez les fumeurs invétérés, à contourner l’interdiction des lieux publics… C’est donc plus souvent un complément qu’un substitut.

(1) Isabelle Jacot Sadowski et Jacques Cornuz, « Nouveaux modes de consommation du tabac et de la nicotine », Revue médicale suisse, 2009/5.

Nicolas Journet

 

LITTERATURE, CULTURE TIC ET MEDIAS


Les meilleures perles du Bac Français 2011

//www.ladepeche.fr/article/2011/06/15/1107385-les-meilleures-perles-du-bac.html

 


Des élèves de terminale travaillent, le 18 juin 2009 au lycée Chaptal à Paris, lors de l'épreuve de philosophie du baccalauréat. Stephane de Sakutin AFP


Chaque année, lors de la correction des copies du bac, les professeurs notent et publient ce que l'on appelle les perles du bac. Ces réponses farfelues, plus bizarres et insolites les unes que les autres, ont fait rire les professeurs, qui ont parfois ajouté leurs commentaires sur la copie. Voici une sélection de jolies perles du Bac, pour rappeler à tous les élèves qui vont plancher dès demain en philo, que personne n'est à l'abri d'une énorme bourde...

 1. « Quand il y a des problèmes dans le monde, l’ONU envoie des casquettes bleues »

 2. « Mitterand est mort du cancer de l'utérus. »

 3. « A l'heure actuelle, je ne peux pas vous donner le PIB du Japon en 1960, mais si vraiment ça vous intéresse, vous le trouverez sans doute sur Google. »

- Je sais quoi faire ce soir.

 4. « Les deux intestins sont le gros colomb et l'intestin grec. »

 5. « La deuxième guerre mondiale a duré de 1939 à 1946. Si c'est pas les bonnes dates, c'est parce qu'elle a peut être duré plus longtemps mais tout le monde le savait pas à l'époque. »

 6. « En 1968, c'était la guerre. La France sombrait peu à peu dans le chaos. Les ténèbres avaient obscurcis le ciel. A l'horizon, le néant menaçait d'engloutir la jeunesse. De lointains murmures annonçaient des heures sombres. L'espoir n'était plus qu'un rêve. »

- Ah ouais, je me rappelais bien que c'était pas la joie mais pas à ce point !

 7. « La physique a été découverte par hasard dans l’antiquité par Larry Stote. »

 8. « La faucille et le marteau sont des organes internes de l’oreille. »

 9. « Picasso a représenté les Demoiselles d’Avignon sous forme de cubes. C’est sa période cubaine. »

 10. « Le taux de fécondation chez les PD (pays développés) tend vers zéro. »

 11. « La meilleure pièce de Molière est "L'Ami Zantrope". »

 12. « Quand le chlore est entièrement dissous dans l’eau, on dit qu’il y a dix solutions. »

 13. « Pour illustrer mon propos, je devrais mettre une citation, mais il y en a tellement qui me viennent à l'esprit qu'en choisir une serait faire injure aux autres. »

 14. « Une constitution, c'est un texte avec pleins de phrases compliqués qui nous disent comment vivre ensemble, et qui peut être appliquée même si les gens votent non. »

- Traumatisé

 15. « Hitler a choisi d'attaquer Stalingrad, et c'était son dernier mot. »

- Il aurait dû demander le 50/50 ou l'appel à un ami.

 16. « Les plus célèbres comédies de Molière sont "Le médecin malgré Louis" et "Les Fous Rires de Scapin". »

 17. « Normalement l'accouchement d'une femme dure neuf mois. »

 18. « Quand l'enfant naît, il pousse un grand cri, comme Tarzan dans la jungle. »

 19. « Les pauvres s'appelaient sans-culottes car ils n'avaient pas les moyens de s'acheter un slip. »

 20. « Le mont Blanc est à 4 807 mètres au dessus du niveau de la mer, sauf quand la mer monte. »

 21. « Le fonctionnement de la mémoire est illustré par l'épisode de la madeleine de Sartre. »

 22. « Parmi les Sept Merveilles du monde figurent les jardins suspendus des Batignolles. »

 23. « Les centristes sont surtout représentés par François Beyrouth. »

 

RÉACTIONS DES LECTEURS

 

Cette année ? (par canard32 - 15/06/2011 12:14)

Allez, tablons sur 98% de réussite au bac cette année et ces perles-là deviendront la culture de demain. A force de niveler par le bas.... Bientôt le bac pour tous y compris les non francophones !!!

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Je travaille... (par le petit renard - 15/06/2011 15:15) avec de jeunes bacheliers qui prennent une voie professionnelle, la plupart font une faute à chaque mot et prennent une calculette à chaque opération simple demandant de connaitre la table de multiplication !! et ils ont le bac...
mais je ne sais pas si c'est celui d'eau chaude ou d'eau froide!!!

 

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Les enfants restez vous même. (par magiedumoment - 22/06/2011 11:35)

Je vous adore tels que vous êtes, je suis maman et souvent je regrette le bons mots qui me déclenchaient des sourires en vous entendant les prononcer. Le Français n'a pas d'importance, no l'écriture ce qui compte c'est l'émotion qui est engendrée lors de sa prononciation. Merci d'exister les enfants, vous êtes merveilleux.

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Je suis fan (par Akae - 24/07/2011 12:31)

Ca fait des années que les perles du BAC, me font particulièrement rire. Je suis d'accord, restez tel quels les jeunes, il y a quelques années (13) je passais aussi mon BAC! Je préfère cent fois un jeune étudiant plein d'esprit, mais qui fait des bourdes (l'orthographe ça se corrige), qu'un couillon, qui me récite ses cours par coeur! Le français est une langue vivante, elle évolue, elle est un outil d'expression avant tout. Pour vous en persuader lisez des manuscrits du 16em, 17em, 18em siècle. Pas un seul auteur n'écrivait de la même manière, les accords étaient une option, l'important était le fond et non la forme comme l'exige notre société formatée, où les apparences priment sur tout le reste. Les jeunes ne soyez pas des moutons, vous avez bien raison, gardez votre fraicheur et laisser les ronchons là où ils sont. Au final vous avancerez et eux resteront à ronchonner... Continuez à nous faire rire!

 

La guerre des tablettes

Les ordinateurs sont aujourd'hui plus petits, plus maniables et plus connectés qu'ils ne l'ont jamais été. Mais il faudra attendre plusieurs années avant qu'émerge un standard.

 

- Un homme montre une tablette de Lenovo lors du Consumer Electronics Show, le 5 janvier 2011 à Los Angeles. REUTERS/Rick Wilking


La semaine dernière, John Gruber, du blog Daring Fireball écrivait que «les six prochains mois vont définir le futur de l'informatique personnelle». Son argument était convaincant. L'iPad a moins d'un ans, mais compte aujourd'hui pour 17% des revenus d'Applesoit presque autant que ce que l'entreprise engrange grâce au Mac. Cette année, Apple annoncera la sortie d'un nouvel iPad, et la tablette deviendra ainsi certainement la seconde ligne de produits de la marque, après l'iPhone, en termes d'importance. (Gruber, l'un des meilleurs experts et observateurs d'Apple sur Internet, prédit qu'Apple sortira deux nouveaux iPads cette année: un iPad2, équipé d'une caméra, d'ici les deux prochains mois, et une sorte d'iPad2 perfectionné –peut-être avec un affichage à haute-résolution– à l'automne.)

Des tablettes partout

Les concurrents d'Apple se pressent pour rattraper leur retard. Voici deux semaines, Google a organisé une conférence de presse qui présentait Honeycomb, une version de son système d'exploitation Android, optimisé pour les ordinateurs tablettes. Le premier appareil à tourner sous Honeycomb est la tablette Xoom de Motorola, qui sera mise en vente à la fin du mois pour 800$ (590€). La semaine dernière, HP a dévoilé deux nouveaux téléphones (le grand Pre 3 et le petit Veer), et une tablette nommée TouchPad, qui seront tous mis en vente dans les six prochains mois. Chacun de ces appareils tournera sous WebOS, le merveilleux système d'exploitation mobile sur lequel HP a mis la main en acquérant Palm. Pour aller dans le sens de Gruber et de son éloignement du PC, HP promet aussi l'installation de WebOS sur de nombreux autres appareils, y compris des imprimantes, des ordinateurs portables et des ordinateurs de bureau. HP, soit dit en passant, est le premier vendeur de PC sous Windows du  monde. Enfin, des informations nous sont arrivées de Finlande. Stephen Elop, le nouveau PDG de Nokia, a écrit une note cinglante à ses employés leur signalant que l'entreprise avait l'obligation de «tirer ses marrons du feu». Nokia, disait-il, avait échoué dans la course aux smartphones, et devait aujourd'hui faire quelque chose de «courageux et de téméraire» pour survivre. Vendredi, Elop a présenté son plan: Nokia s'associera avec Microsoft, et fera de Windows Phone la principale plateforme de ses smartphones. Dans leur globalité, ces évolutions montrent que les systèmes d'exploitation mobiles sont en train de balayer le secteur informatique. Toutes les grosses compagnies technologiques se tournent maintenant vers les téléphones et les tablettes, et attendent d'en tirer leur principale source de revenus, tandis que les PCs devront se contenter d'une part du gâteau encore plus petite. Ce processus n'est pas totalement surprenant. Apple et Google tournent sur une base mobile depuis déjà quelques années. Mais le fait qu'HP s'engage totalement dans un OS Web, et la manœuvre agressive de Microsoft pour voir son nouveau système d'exploitation mobile marcher sur Nokia, montrent que même les entreprises les plus ancrées dans le secteur PC prévoient un avenir dominé par des ordinateurs qui ressembleront plus à l'iPad qu'au MacBook.

Le début d'une période d'incertitude

Mais de telles annonces suggèrent aussi une période d'incertitude pour le secteur technologique et pour les consommateurs. Apple, Google, Microsoft, HP, et Research in Motion, qui fabrique le BlackBerry, sont tous en train de concevoir une version spécifique de l'ordinateur de demain, qui sera largement incompatible avec ses autres concurrents. Pendant au moins dix ans, il était relativement facile de sortir s'acheter un ordinateur: vous deviez simplement vous rendre au magasin, et acheter la machine Windows la plus rapide que vous permettait votre budget. Vous étiez certain d'y voir fonctionner la plupart du matériel et des logiciels, et de pouvoir profiter de deux à quatre ans avant qu'elle devienne obsolète. Votre décision d'achat ne sera pas aussi évidente en ce qui concerne la prochaine génération d'ordinateurs. Pour l'instant, voici ce que nous savons des machines de demain: elles seront petites, portables, et constamment connectées à Internet. Elles disposeront de diverses fonctionnalités –écran tactile et reconnaissance vocale, en plus du clavier et de la souris–, et seront disponibles en plusieurs formes et en plusieurs tailles. Elles seront moins chères que les PCs d'aujourd'hui, mais nous en aurons certainement plus: vous en aurez une petite dans votre poche, une moyenne pour lire dans le train, une plus grande sur votre bureau, et une encore plus grande sur votre mur. Le plus important, c'est qu'elles seront faciles à utiliser. Tout le monde saura comment y installer des programmes, et télécharger des films ou de la musique. Elles auront une protection intégrée contre les virus et autres logiciels malveillants, et leurs opérations de maintenance –mises à jour, sauvegardes– seront automatiques, et vous n'aurez pas à vous soucier de l'organisation de vos fichiers.

La guerre des plateformes

Tout cela paraît incontestable: je suis en train de décrire l'iPhone, l'iPad, et d'autres appareils similaires. Mais comment savoir quel crypto-iPad acheter –celui d'Apple, de Google, de Microsoft, ou de quelqu'un d'autre? Votre décision dépendra largement d'évolutions plus importantes du secteur informatique: les développeurs continueront-ils à concevoir des applications pour cette machine? Le fabricant de cette tablette sera-t-il capable de signer suffisamment d'accords avec suffisamment d'éditeurs de livres, ou de producteurs hollywoodiens, pour y mettre du «contenu»? Est-ce qu'elle me permettra de transférer mes applications vers la tablette d'une autre marque? Est-ce que cette marque investit dans suffisamment de technologies primordiales –reconnaissance vocale, stockage dans les nuages, réseaux avancés? En d'autres termes, est-ce que je mise sur un champion? Ou cette plateforme est-elle condamnée ? Une telle incertitude est caractéristique d'une guerre des plateformes. Nous devions faire ce genre de calculs quand nous choisissions entre un Blu-ray et un HD-DVD, ou entre une VHS et un Betamax. Mais de telles décisions ne sont pas habituelles dans le secteur contemporain du PC, qui a progressé de manière remarquable vers la compatibilité. Pour les fabricants de PC, un matériel compatible signifiait des prix plus bas, et c'est ainsi que même Apple a fini par avoir des composants standard –y compris les puces Intel– dans ses Macs. Le Web a aussi contribué à imposer la compatibilité. Puisque vous pouvez aujourd'hui stocker toutes vos données dans les nuages, et que vous pouvez tout gérer, de votre e-mail à votre compte en banque, sans avoir à rien télécharger de plus qu'un navigateur Web, la machine que vous utilisez importe peu. Dans ma cuisine, j'ai un portable Linux qui m'est tout aussi utile que le portable Windows dont je me servais il y a deux ou trois ans. Ce qui ne sera pas vrai dans le monde des tablettes. La Xoom de Motorola semble une machine vraiment pas mal, mais je ne sais absolument pas si les développeurs créeront des versions Android des astucieuses applications disponibles sur l'iPad. Si ce n'est pas le cas, pourquoi devrais-je débourser 590€ pour une tablette Motorola? Ou prenez la TouchPad d'HP: est-ce que Netflix fonctionnera dessus? Nul ne le sait. Et même si HP arrive au final à se doter d'applications aussi performantes, les programmeurs verront-ils toujours Apple comme la plateforme d'applications fondamentale ? Apple, en fait, souffre du problème inverse –parce qu'en restreignant sévèrement la marge de manœuvre des développeurs, la marque risque d'enrayer l'innovation des programmes. J'ai attendu des mois avant que mon iPhone accepte l'application Google Voice. Ai-je vraiment envie de m'en tenir à une marque qui contrôle le développement d'applications avec une telle main de fer ? J'espère toujours que le Web fera évoluer les tablettes vers la compatibilité, comme il l'a fait avec les PCs. Comme je l'ai dit le mois dernier, Amazon pourrait s'échapper de la restrictive politique d'Apple en concevant une application Kindle spécifiquement dédiée au Web et qui rendrait ses livres compatibles avec tous les terminaux tactiles. Je pense qu'à terme, les larges débouchés du Web, et ses faibles droits d'entrée, convaincront les développeurs. Mais ces évolutions vers la compatibilité n'arriveront pas avant un certain temps. Dans les prochaines années, au moins, nous devrons alterner entre des machines qui ne fonctionnent pas vraiment les unes avec les autres. Nous seront nombreux à miser sur des perdants –des plateformes qui mourront et emporteront nos applications dans leur tombe. Certes, les machines de demain seront fantastiques. Mais les adopter sera bien difficile.

Farhad Manjoo - Traduit par Peggy Sastre

 


 

 



27/10/2011
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