Conscience Nègre

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Bida, Serpent légendaire du Ouagadou

Bida, Serpent légendaire du Ouagadou

 

 

Les deux Malamini de Sinzani et Nyamina


Parlons maintenant aux autres Marka de Ségou. Notre informateur nous rassure : « leurs richesses accumulées furent considérables. Cette immense fortune fut l’objet de plusieurs récits et anecdotes. Les anciens de Ségou et de ses environs connaissent l’histoire de deux hommes célèbres : les Malamini (Mamadou Lamine) de Sinzani (Sansanding) et de Nyamina. Parmi eux, celui qui résidait à Sansanding fut particulièrement connu. Il eut droit à des flatteries spéciales. Les troubadours le couvrirent d’éloges. Il fut un personnage renommé. Partout, on l’adula, partout, on l’applaudit. Ses largesses furent saluées, vantées sur toutes les rives verdoyantes du Djoliba. Les griots lui consacrèrent une chanson en guise de louanges : « Malamini gnana anw ma ». (Malamini a été bon envers nous. Malamini de Sinzani a été très généreux. J’ai parcouru tout le pays vers l’Est. Je me suis promené jusque derrière le Bani. Je n’ai rencontré aucun homme comparable à Malamini ».

 

Conséquences au Ouagadou de la mort de Tokha Cissé (Bida)


Retournons maintenant au pays soninké pour nous rendre compte sur place des conséquences du sacrilège commis par le mari de Sia Yattabaré. Une sècheresse sans nom s’installa dans la contrée et dévasta tout. La nature fut complètement détruite. Bêtes et gens périrent de façon considérable. Ce fut une fuite éperdue vers d’autres cieux. La malédiction du serpent – génie du Ouagadou avait atteint ce pays. Elle provoqua de nombreuses calamités ; sept longues et pénibles années de sècheresse, famine et misère. Ces calamités provoquèrent la dispersion des habitants de la patrie des Kaya-Maghan. Dans ce pays, il est important de savoir que la mort de Bida ne fit pas seulement des mécontents au contraire, elle fut une véritable délivrance pour plusieurs clans. Ceux-ci attendaient avec inquiétude et résignation leur tour pour offrir une fille en sacrifice au Dieu-Serpent.

Une foule immense en liesse se répandit dans les rues, quand la tête du boa fut tranchée, la marée humaine criait sans réserve, dansait, chantait en chœur ; « diamouniakhalé » au son des tam-tams et des flûtes, (en soninké, diamou = bonheur ; niakha = la fête ; lé est la forme contractée de lémé = enfant ; en résumé, diamouniakhalé, c’est le bonheur qui doit être fêté). Cette chanson célébrait la bravoure de Mamoudou Niakhaté. Elle marquait surtout un sentiment fort de reconnaissance à l’égard du libérateur. Voici en langue sarakholé les paroles de cet hymne à la bravoure ; « Nado Mamoudou yayi, Samba lambé yigo ké. Nado Mamoudou yayi, yougounou yigoké. Koumbi khôrè kouren kota, Lamini dohassa ». (Je parle de Mamoudou, l’homme de Samba lambé (la mare de Samba). Je m’adresse à Mamoudou, homme parmi les hommes. Le jour de la bataille de Koumbi khôrè (Koumbi l’ancienne) c’est Mamoudou qui nous a défendus. Félicitations au nom de tout le monde ! Quel bonheur). Il va sans dire que ces populations pour avoir manifesté leur joie et par crainte des représailles seront les premières à s’exiler loin de leur patrie.

 

Que devient aujourd’hui « diamouniakhalé », hymne à la bravoure !


Nous, hommes du Sahel occidental malien savons que ce chant est comme Djandjon et Douga, consacré aux grands hommes, ceux qui ont marqué leur période par leur exemplarité ; honnêteté, sens de l’honneur, respect de la parole et de ses engagements, acharnement au travail, hauts faits d’armes. On joue « diamouniakhalé » pour les hommes qui, leur vie durant sont restés attachés à ces valeurs qui font la singularité et la fierté de notre société. L’Ensemble Instrumental du Mali interprète une autre chanson relative à l’assassinat de Bida (ensemble instrumental Mamoudou B1). L’artiste chante en sarakholé une mélodie très agréable. Le narrateur donne une version très originale, dépouillée de tout calcul. On annonce la réaction de Mamoudou. L’artiste explique comment a été tué le génie tutélaire du peuple soninké, (à propos de Bida, rappelons que son vrai nom était Tokha Cissé et qu’il avait comme son père Dinga des pouvoirs immenses. Concernant les autres enfants du patriarche soninké, c’est Maghan Diabé Cissé qui héritera de tous les pouvoirs de son père, à l’exception de la maîtrise de la pluie (sandji wélé) transférée à Maghan Tané deuxième fils de Dinga. Revenons à l’ensemble instrumental du Mali. Il reprend le refrain, passage qui vante la bravoure du jeune homme et salue son action d’éclat. La chanteuse clame enfin l’espoir né dans cette couche de la population longtemps persécutée condamnée perpétuellement à subir le sacrifice inhumain.

Aujourd’hui, « diamouniakhalé » a été repris sous plusieurs formes par les griots modernes chercheurs d’argent et de bien-être matériel (beaucoup d’entre eux ont rompu pour toujours avec la déontologie du « diabi » authentique. Ils vanteraient même l’honnêteté d’Ali Baba et de ses quarante voleurs en leur attribuant des qualités extraordinaires, pourvu qu’ils sentent l’odeur de l’argent. Le contenu du chant de Mamoudou a été changé, il a été arrangé selon les besoins de la circonstance, on l’a dédié à certains personnages célèbres du cercle de Nara, noyau de l’empire du Ouagadou. Les guesséré flattent leurs descendants pour leur soutirer de l’argent. (Ces hommes reconnaissons-le méritent tout de même d’être immortalisés car ils furent des personnages exceptionnels). Cette devise des braves (tièfarin fôli) salue les exploits guerriers de Mouroudjan Faliké.

A Togou, ce preux bamanan se forgea un prestige énorme, au plus fort du combat, il fit preuve d’un sang froid peu commun et d’une bravoure indifférente du danger. Sa remarquable conduite au cours de cette grande bataille (la plus importante après Woïtala) lui valut ces paroles fort flatteuses des griots ; « Mouroudjan Faliké n’a jamais fui, il n’a jamais craint la mort ; à Togou, il a fait honneur à Mouroudjan (Mouroudiah). Ce chant guerrier fait les éloges des intrépides combattants de Tomboula. Il évoque les razzias Massassi. Diamouniakhalé exalte le talent guerrier et l’héroïsme de Massassi Djadjiri (Djadjiri Couloubali), l’homme sans peur et sans reproche. A Djadjiri est consacrée une autre chanson épique « ayé kèlè miné ni waraya yé Djadjiri bé na a té siran ko gné ». (Faites la guerre avec le courage d’un lion, à l’exemple de Djadjiri qui n’a peur de rien).

Cet hymne loué à la bravoure du fier guerrier qui a barré la route aux oreilles rouges (les Blancs, ici, il s’agit des Français). Bandiougou converti tôt à l’islam fut l’allié des Peuls de Fogoti (Dilly-Nara). Tout le Bélédougou animiste avec en tête Koumi Diossé Tarawélé s’associa à Archinard pour le combattre et le vaincre à l’issue de combats sanglants. Bandiougou resta fidèle à son serment ; « plutôt la mort que la honte ». Il se fit sauter dans une poudrière, préférant ce sort héroïque à la capitulation, à la domination étrangère. Bandiougou dort en paix à Ouéssébougou, Faliké repose tranquillement dans l’au-delà. Selon le sage ; « la terre refoule le cadavre des lâches, elle accepte de garder celui de ces deux héros. Des personnages comme eux ne sont jamais des couards ». Ce chant épique est exécuté à la gloire de Dombi Diarrisso (descendant de Soumaoro comme les Fané, Mariko et Bamba). Ce chef refusa de se plier à l’autorité d’Oumar le Foutanké, fils de Saidou Tall. Le siège de Danfa Diarrisso fut une bataille effroyable, une lutte épique contre l’hégémonie étrangère. Diamouniakhalé est aussi le chant de louanges des enfants de Hawa Niamey et Ganda Keïta fondateur de Niamébougou (Nouara ou Nara) : « Les armes d’un homme digne de ce nom, disaient-ils, ne sont autres que la daba et le fusil ». Aux champs, ils tenaient d’une main la houe et de l’autre, ils maintenaient le fusil, prêt à repousser les brigandes maures, comme Nyéléni, ils ont tiré leur renommée du travail accompli jusqu’au bout. A l’occasion, nos « diali » chantent cet air guerrier pour les défenseurs irréductibles de Djonkoloni ; Mari Héri, Mari Malado Kèlè Monzon et leur aîné N’Guilinti N’Golonto. Diamouniakhalé, c’est maintenant un hommage à ce lion du Sahel qu’était Lamourou Keïta. Ce guerrier, un Maninka résidant à Guiré était la terreur des Maures. Redouté de ces pillards, ceux-ci le fuyaient comme la peste. Lamourou s’exposait aux plus grands dangers pour ramener les troupeaux volés. Avant de retourner au village, il commettait un véritable massacre parmi les brigands. Le courage de Lamourou était celui d’un lion solitaire (wara kélénabla) ou celui d’une hyène à jeun (souroukou sountô). Lamourou (grand père du Président Modibo Keïta) se heurta aux troupes du marabout El hadji Oumar Tall. Il affronta le Prophète foutaka avec un courage et un sang froid remarquable.

La cavalerie de l’armée foutanké subit des pertes énormes. Lamourou se retrancha ensuite à Guiré en invitant Oumar Tall à venir l’y rejoindre. Très rusé, celui-ci évita le piège en renonçant aux représailles pour ne pas empirer la situation. Les puits situés à des kilomètres à la ronde avaient été bouchés, des obstacles dressés tout au long du chemin menant à Guiré, des cavaliers bien rompus aux techniques de la guerre attendaient de pied ferme les sofa du conquérant sénégalais, mais ce dernier, la mort dans l’âme renonça à toute expédition punitive.

 

Portée éducative de diamouniakhalé


Diamouniakhalé est un chant de reconnaissance et d’héroïsme, il marque un point final à l’arbitraire, à l’injustice sociale. Ces personnages dont nous avons ici brossé le portrait ont été « des tiè koun » des figures exceptionnelles. Leurs petits enfants doivent s’inspirer de leurs exemples (le courage des uns et l’esprit ouvert d’El hadji Oumar qui a su préserver son armée d’une débâcle certaine). La zone est semi-désertique et ses guerriers ne pouvaient pas résoudre le problème crucial d’approvisionnement en eau et nourriture. Il est impératif que nous parlions (en bien ou en mal) de nos devanciers aux jeunes générations, surtout de ceux qui ont accompli de bonnes actions durant leur existence. C’est la manière la plus sûre de les immortaliser. « On vante le mérite des morts afin que leur exemple inspire les vivants ». N’est pas là ce que nous a enseigné Djéli Baba Sissoko ?

Par Kagoro doumbé

 

A propos du film Sia :


Sia c’est le titre d’un film déjà populaire au Mali et en Afrique de l’Ouest. Cette œuvre cinématographique est une réalisation du Burkinabé Sotigui KOUYATE (dont les origines se trouvent à Niamadila Kita). Je sais que le moi est haïssable, mais pour moi, le spectacle est de très mauvais goût. Car tous ceux qui connaissent tant soit peu l’histoire du Ouagadou et de notre pays doivent avoir été surpris et surtout déçus par la manière dont les faits ont été interprétés.

Dans le film de Sotigui, la jeune fille destinée au sacrifice était violée par les grands prêtres du serpent. Bien qu’il s’agisse d’une légende, cette version est difficilement acceptable pour plusieurs raisons. Dès notre jeune âge, l’occasion nous a été donnée d’écouter les récits, mythes et légendes de la patrie des Kakolo et du pays soninké. Nulle part, nous n’avons entendu une histoire de viol autour de la légende de Bida. Ensuite tout le monde le sait, l’animisme, notre religion ancestrale commune n’admettait pas certains comportements de la part de ses adeptes. Le prêtre fétichiste se devait d’être vertueux, sinon ses idoles se retournaient contre lui. L’animiste était surtout reconnu par sa droiture et sa loyauté.



06/05/2011
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