Conscience Nègre

Conscience Nègre

la fille à la main coupée

Togo : conte Tem Kotokoli

Autrefois vivait un homme puis il  s’est marié avec une femme. Vainement, ils ont cherché les enfants mais ils n’ont pas trouvé. Ils ont cherché, cherché, sans en avoir. S’ils entendent qu’il y a quelqu’un qui traite de ses problèmes, ils lui rendent visite et lui expliquent leur situation.  Celui-ci tente mais ne réussit pas. Plusieurs fois ils en ont tenté sans succès. Dieu lui a donné une force physique pour le travail de la terre. S’il a un  problème avec quelqu’un, celui-ci le traite de vaurien, et lui dit : est ce que tu as un enfant, et quiconque a un problème avec lui, il lui lance cela à la figure.

Un jour quelqu’un vient, avec d’autres, lui demander de l’aide pour un travail dans son champ. Au moment où ils étaient en train de labourer,  quelqu’un voulait rivaliser avec lui. Ils se mettent donc à concourir. Il arrive en premier au bout du champ et immédiatement, il se baisse de nouveau, il les rejoint et arrive au bout du champ. Quand cet ami s’est levé, il dit aux autres : voulez vous rivaliser avec celui-ci ? Quelle chose peut le surprendre et le vaincre ? Qu’est ce qu’il possède  c’est le sang qu’il perd de son corps. Un autre dit : mais s’il nous appartenait, nous devions l’échanger avec un bœuf chez les peuls.

Sur cette phrase, le jeune homme se met à pleurer, à pleurer. Il a beaucoup pleuré et quand on a préparé la nourriture pour les cultivateurs, il n’a pas touché. Le travail dans le champ n’est pas encore fini puis le gars s’est mis route pour la maison. Arrivé chez lui, ses yeux étaient bien rouges. Vu cela, sa femme lui demande : qu’est qui t’arrive ? Vous, vous êtes disputés ? L’injure dont nous sommes souvent victime, c’est avec ça qu’on m’a humilié dans le groupe devant tout le monde, et c’est la cause pour laquelle mes yeux sont rouges. Pour cela, je dis a toi ma femme, je ne vais plus rester avec toi dans cette maison et je pars en brousse. La femme lui dit : c’est nous deux qui sommes victimes de ces injures donc tu pars en brousse me laisser seule ? Nous allons tous partir, là où tu vas, nous tous nous irons, moi je vais rester avec qui ?

Ils se sont préparés et ils sont partis en brousse. Arrivés loin dans la brousse, ils  se disent : nous allons rester ici. Si nous n’avons pas pu avoir d’enfants, personne ne nous verra plus afin de nous injurier.

Ils vivaient puis un jour, par la grâce de Dieu, la femme est tombée enceinte. Quand la femme est tombée grosse,  ils ont confectionné un apatam.[1] Comme bientôt ils attendent un nouveau-né, ils ont coupé beaucoup de la paille pour faire un joli apatam. Puis un jour, la femme accouche d’une fillette. Si vous voyez la petite nouvelle née, ce n’est pas amusant car elle est d’une beauté incomparable. Si tu n’as pas lavé tes mains, tu ne peux pas la toucher. Je vous dis que quand elle passe et si tu regardes ses paupières, si ça n’a pas bougé, on va te chercher un médicament. Comme ils ont duré dans cet endroit, ils ont réservé une place pour uriner. C’est donc leur urinoir. Quand ils sortent de leur chambre, ils vont uriner là bas et en urinant régulièrement là, dans la nuit, les animaux viennent manger la terre. Comme les animaux viennent régulièrement manger, l’homme s’est débrouillé à un piège et à le tendre là. Pendant ce temps, leur enfant allait déjà à quatre pattes. Quand il était au champ en train de travailler, l’enfant est venu où se trouvait le piège et là elle a été attrapée par le piège. Lorsque l’enfant s’est mis à crier, la maman est venue au secours mais le piège tenait bien les doigts de l’enfant. Parti pour appeler son mari, à leur arrivée, le piège avait déjà enlevé la main de l’enfant. C’est bien une belle fille mais une main est déjà coupée. Elle a bien grandi et elle s’habille bien mais avec une main coupée. Et comme je vous le raconte, un jour le chef a fait la découverte de cette fille. Et celui ci dit : ah, celle là, je vais la faire attraper pour l’épouser. Et immédiatement la volonté du chef a été faite. Puis le père de la fille dit au chef : chef, celui-ci lui répond oui, et au père de continuer : c’est le problème de naissance qui a fait que je suis venu jusqu’ici en brousse. Vous, chef du village allez vous épouser la femme avec une main courte ? Le chef avait déjà six femmes et celle-ci est la septième. Est-ce que entre elle et les six autres la paix règnera et il n’y aura pas des problèmes ? Oui rien ne se passera de mal car en ce temps, il n’y a pas cette histoire de jalousie. Malgré son état, quiconque rentre dans la maison la remarque. Elle est admirée malgré une main coupée et comme ses habits couvrent la partie, on ne voit pas. Les autres femmes aussi ne voient pas. Ses coépouses se mettent à la guetter puis un jour, elles découvrent ce secret. Elles rentrent auprès du chef leur mari et elles lui disent : Toi chef du village tu vas épouser une manchot et l’ajouter à nous ? Cela ne va pas se passer. Le chef leur dit : elle n’est pas comme vous le pensez. Sur ces mots, ils se sont bien querellés. Les notables se sont réunis puis avec le chef et ses femmes et chacun a raconté. Ce n’est pour rien qu’ont se querelle. Oui, répondent les notables. Nous, comme vous nous voyez, avec notre état le chef va se permettre d’ajouter à nous une femme avec une seule main ? Puis le chef leur dit : ma femme n’est pas ce que vous pensez. Les femmes réagissent et font comprendre à l’assistance que : cette femme est comme nous disons. Mais le chef, lui, s’interpose et ne veut pas l’entendre de cette oreille.

Ainsi, les notables prennent la parole : avec vous, votre histoire, comment allons nous la traiter ? La grande femme du chef fait une proposition : le jour qui suit celui de demain, il faut aller chercher les chefs des villages voisins, les chefs des différents villages et leur population pour qu’ils se réunissent dans cette cour. Chacun va amener sa danse et quand nous les femmes du chef nous allons sortir pour danser, les mains en l’air, nous allons applaudir. Que celle qui sort au milieu pour danser enlève ses mains de ces habits, applaudisse avant d’aller s’asseoir. Comme cela vous verrez si c’est vrai ou faut ce que nous disons.

C’est là qu’est née la jalousie.

Après avoir fini de parler, le chef accepte et confirme une fois encore que ma femme n’est pas un manchot. Dans la nuit, cette nouvelle femme rentre auprès du chef leur mari et lui dit : père, la honte avec laquelle on veut nous humilier et encore publiquement n’est pas tolérable. Il vaut mieux que je m’en aille avant le jour que je disparaisse, ainsi on ne va plus me voir.

Le chef se met à pleurer sur ces mots et la femme à coté du chef se met elle aussi pleurer. Elle quitte le chef et prend la route. Là où elle allait, s’étendait une grande mare d’eau. Elle décide d’y aller s’engouffrer et d’être manger par ce qui se trouve  dans cette grande mare, cela vaut mieux que la honte publique.

Quand elle a pris la route, elle marchait, elle marchait. Elle continuait toujours à marcher puis, quand elle est proche de cette mare, elle se met à chanter.

 Mes frères, que la jalousie vient d’où ? Depuis sabara gninna.

La jalousie vient d’où ? Depuis sabara gninna.

Elle provient de nos ancêtres. Depuis sabara gninna.

Puis elle est arrivée jusqu’à nos jours. Depuis sabara gninna.

 

Juste quand elle est arrivée auprès de la mare, Mamiwata quitte la mare et sort de l’eau. La femme s’apprêtait à se jeter dans l’eau quand Mamiwata est sortie de l’eau. Quand elle est sortie, elle demande à la femme : d’où viens-tu ? Quand elle a voulu raconter, Mamiwata lui dit : non, ne raconte pas, car tout ce qui se déroule chez vous puis que tu t’es mise à pleurer, jusqu’à venir ici, est à ma connaissance ; pour cela, reste là. La femme répond : oui j’ai compris. Ne cours plus : oui, d’accord, dit  la femme. Je vais retourner dans l’eau, dit Mamiwata. Après, un gros serpent va sortir de l’eau. S’il est sorti, il ne faut pas avoir peur ni courir, reste bien là. Quand le serpent va ouvrir sa bouche, met te main courte dans sa bouche, après avoir mis ta main dans sa bouche, il va se baisser de cette manière, et lorsqu’il va relever sa tête, tu verras comment ta main va changer. Vraiment !

Mamiwata est rentrée dans l’eau. Serpent s’apprête à sortir et l’eau commence à bouger. L’eau se met à remuer et le cœur de la femme se met à battre. Elle est là debout, elle se tient toujours immobile. Mais comme auparavant elle avait décidé de rentrer dans la mare et mourir, elle n’est plus gagnée par la peur de ces choses qui se présentent à elle. Brusquement Serpent traverse l’eau et se présente à elle. C’est un serpent très grand. Une fois à côté d’elle, Serpent ouvre sa large bouche. Immédiatement, la femme plonge sa main courte dans la gueule de Serpent et celui-ci la referme. Serpent se baisse de cette manière et quand la femme a enlevé sa main, celle-ci avait retrouvé la forme normale, comme elle était à la naissance. Sa main était bien comme celle des autres.

Puis Serpent la recouvre d’or qui luisait à travers son corps et son visage était complètement changé, tout son corps a été transformé en devenant très beau. La nouvelle beauté s’est ajoutée à la précédente. Serpent lui dit alors: à présent, rentre chez toi. Rien de mal ne t’arrivera plus. Aucune honte ne vous arrivera plus, ni à toi ni à ton mari.

Quand elle a décidé s’asseoir avant de se relever pour partir, elle s’est retrouvée à l’entrée de la chambre, assise. Rentrée donc dans la chambre, le chef assis était en train de pleurer. Elle dit : notre père, pourquoi pleures tu ? Puis le chef lui répond : oh ! Es-tu revenue ? La femme lui dit : oui je suis revenue, chef cesse de pleurer et vient te coucher, j’ai trouvé la solution à ceux qui voulaient nous humilier. Elle sort sa main pour la montrer au chef et voilà que l’intérieur de la chambre a commencé à briller. Quand le chef regardait sa femme, il était ébloui et il ne savait quoi dire.

Puis le lendemain, tous les chefs sont venus se retrouver accompagnés de tous leurs notables. Les gros tambours, commencent à raisonner accompagnés du son des autres petits tambours, tous venant accueillir la femme du chef lion. Un moment après, ils sortent dans la cour, suivis, plus tard, du chef. Il tournait sa tête à tout moment tandis qu’à l’aide des éventails, on le ventilait. Les femmes aussi sortent et elles viennent prendre place. Six sont venues s’asseoir et la septième arrive et prend elle aussi place tandis que sa main était entièrement cachée par les pagnes et les habits qu’elle porte et tout laisse croire qu’elle était comme avant. Puis la musique a commencé à retentir, à retentir comme la femme aînée du chef l’avait dit. Elle se lève et elle ouvre son pagne puis elle soulève haut sa main en saluant l’assistance. Elle tape les mains en applaudissant et elle retourne s’asseoir à sa place. Chacune vient à tour de rôle et fait les mêmes gestes. Il reste la septième qui avait perdu une main. Elle se lève et vient se mettre au milieu de la foule tandis que les pagnes protégeaient sa main. Les tambours retentissaient, puis on ordonna de cesser. On cessa donc de jouer puis elle se met à chanter.

 Chant

 Elle ouvre son pagne et elle le pose sur le sol. Ses mains en l’air, elle les montre à la foule et tout brillait autour de sa main. Elle n’a pas applaudi comme les autres. Elle ne faisait que tourner sa main et la foule contemplait cette luisance. Le bruit des tambours devenait assourdissant et de tout côté, chacun parlait de la beauté de cette femme : quelle belle femme, quelle belle femme. Après, cette même foule criait : les autres femmes du chef sont des femmes jalouses, les femmes du chef sont des femmes jalouses. Chacun de son côté laisse de jouer et vient entourer le chef et sa nouvelle épouse. D’autres soulèvent le chef et le reste, sa femme. Tous ovationnés par un chant royal.

C’est depuis ce temps que sont nés le chant royal et cette manière de porter le chef et sa femme dans un hamac. Voyez-vous, comme maintenant les femmes font de la jalousie, celle-ci existait depuis nos ancêtres.  C’est à ce temps là qu’il a pris sa source et, depuis, elle est arrivée à nos jours.

 



29/05/2011
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